Italie

Matteo Renzi fait de l’euroscepticisme pour gagner son référendum

Au cours de la campagne électorale en vue du référendum sur la Constitution, dimanche, le président du Conseil a calibré son discours pour tenter de soustraire des voix aux partis populistes

Seuls des drapeaux italiens décorent le fond du bureau du président du Conseil, Matteo Renzi, alors qu’il répond à ses concitoyens en direct sur Facebook. Les drapeaux européens ont disparu. Au lendemain de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, ce changement de décors a provoqué de fortes réactions dans la péninsule. Des commentateurs y ont vu une «trumpisation» du chef du gouvernement dans le but d’arracher des voix au centre droit et au Mouvement 5 étoiles (M5S), la formation anti-système fondée par l’humoriste Beppe Grillo.

Dimanche prochain, lors d’un référendum sur la réforme de la Constitution, les Italiens sont appelés à se prononcer sur l’abolition du bicaméralisme parfait, sur la réduction du nombre de sénateurs [à 100 et qui représenteraient les régions] et du coût du fonctionnement des institutions ainsi que sur la centralisation du pouvoir à Rome au détriment des régions. S’ils acceptaient cette réforme phare du mandat de Matteo Renzi, ils donneraient leur feu vert à la plus importante modification de la Constitution depuis la naissance de la République italienne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les derniers sondages, interdits depuis une semaine jusqu’au jour du vote, prévoient un rejet du texte.

«Bureaucrates» européens

Les accusations «d’égoïsme» et de «diktats» de la part du chef de l’exécutif contre les «bureaucrates» européens ces derniers mois doivent donc être lues dans ce contexte électoral. Rome a menacé de veto la révision du cadre financier pluriannuel de l’Union européenne pour la période 2014-2020, réclamant plus de fonds pour l’immigration, la sécurité, les jeunes et la recherche. «Nous ne pouvons pas permettre que d’autres pays utilisent les fonds européens pour construire des murs», a justifié Matteo Renzi, jugeant l’Italie abandonnée dans la gestion de la question migratoire.

S’en prendre à Bruxelles est l’argument le plus apprécié des Italiens, selon le quotidien La Repubblica. «Nous sommes devenus l’un des pays les plus eurosceptiques du continent, regrette le site d’information L’Inkiesta, et Matteo Renzi, dans le but de gagner le référendum, souffle sur le feu de l’anti-européisme pour assécher les puits de la Ligue du Nord [extrême-droite] et du M5S.»

La menace de veto est en réalité «très européiste, confie au Temps Sandro Gozi, le sous-secrétaire à la présidence du Conseil en charge des affaires européennes. Nous sommes fatigués d’une Europe qui affirme certaines choses, puis ne les fait pas. Nous voulons la secouer et la tenir éveillée, nous nous battons en ce sens. Avec une victoire [lundi], car le bilan annuel prévoit désormais, grâce à notre engagement, des augmentations pour la croissance, pour les petites et moyennes entreprises, pour l’emploi des jeunes et pour l’immigration. Nous voulons le même engagement pour le bilan pluriannuel.»

Selon le gouvernement, le statu quo dans lequel se trouve actuellement l’Italie favorise les populistes. Pour les contrer, l’exécutif veut proposer une vision alternative de l’UE dans laquelle tous ses pays membres assument leur responsabilité en matière d’immigration et d’asile. Pour se faire, Matteo Renzi prône le «oui» à sa réforme afin d’éviter une situation d’instabilité, voire de crise politique. Dimanche, il a évoqué sa démission en cas de défaite.

«Réforme populiste»

«Réduire les sièges des sénateurs, peu importe comment; couper les coûts de la politique, il n’y a pas de réforme plus populiste, rétorque Vito Claudio Crimi, sénateur du M5S fermement opposé au texte. Quand nous le proposions, nous étions taxés de populistes. Maintenant que nous défendons la démocratie, nous sommes aussi taxés de populistes.» L’élu craint notamment que la réforme «n’offre les commandes du pays à un seul homme».

Le texte soumis à référendum est en effet lié à une nouvelle loi électorale offrant au parti gagnant une prime de majorité dans la Chambre basse. Elle permettrait paradoxalement de propulser le Mouvement 5 étoiles, deuxième parti du pays, au sommet de l’Etat. Matteo Renzi, comptant mener à bien sa politique réformatrice jusqu’à la fin de la législature en 2018, joue donc sur le terrain de ses opposants eurosceptiques.

Publicité