Italie 

Matteo Renzi opère brillamment son retour aux affaires

L’ancien premier ministre reprend les commandes de son Parti démocrate, cinq mois après avoir quitté le pouvoir. Plébiscité par 70% des électeurs, il vise de nouveau le poste de premier ministre

La victoire de Matteo Renzi est écrasante. Plébiscité par près de trois électeurs sur quatre, il reprend la tête du Parti démocrate (PD). Les Italiens ont participé à une primaire ouverte dimanche pour choisir le nouveau secrétaire du principal parti de centre gauche italien. L’ancien président du Conseil a été réélu à sa propre succession.

Cette élection marque le retour du fougueux Toscan sur la scène politique transalpine. Début décembre, il avait démissionné de son poste de chef de gouvernement après le rejet des Italiens par référendum de sa réforme de la Constitution. Son leadership contesté, il avait aussi lâché la direction du PD pour faire taire les dissensions internes.

Légitimité des urnes

Avec ce vote, Matteo Renzi voulait retrouver la légitimité des urnes, perdue il y a cinq mois. Sa victoire acquise dès le début d’une campagne quasiment inexistante, il misait sur une importante participation dimanche et un score élevé. Il a remporté les deux paris. Les jours précédant le vote, il répétait espérer atteindre le million de votants. L’affluence a finalement atteint près de deux millions de personnes. Malgré tout, ce chiffre est plus faible que lors de la dernière primaire du PD, fin 2013, qui avait attiré aux urnes trois millions de sympathisants. Un plébiscite déjà pour l’homme qui était alors maire de Florence. Il raflait 68% des voix avant d’être désigné président du Conseil seulement deux mois plus tard.

Bien qu’il ait raflé en 2017 comme en 2013 près des trois quarts des voix exprimées, Matteo Renzi présente une légitimité contestée. Ses opposants lui reprochent d’être responsable, par la politique qu’il a menée trois ans durant, de la baisse des inscriptions au PD et, par conséquent, du taux de participation de dimanche. «Comparé à 2013, nous sommes dans une autre phase politique de notre pays, répond Lorenzo Guerini, vice-président du PD. Deux millions de personnes aux urnes est une grande légitimation pour le secrétaire du Parti démocrate. Ceux qui conseillaient de se débarrasser de l’instrument des primaires ont été démentis.»

L’utilisation de la primaire avait été remise en question la semaine dernière, après les échecs historiques au premier tour de l’élection présidentielle en France des candidats de la gauche et de la droite, Benoît Hamon et François Fillon, tous deux choisis par une primaire au sein de leur parti. Pourtant, cet outil électoral existe en Italie depuis plus d’une dizaine d’années. Depuis la naissance du PD en 2007, tous les secrétaires et les présidents du Conseil qui en sont issus sont passés par une primaire.

Le modèle Macron

Le camp démocrate regarde de près la campagne française aussi pour d’autres aspects. La surprise Emmanuel Macron a intrigué de ce côté-ci des Alpes. Pour se relancer dans l’arène politique, Matteo Renzi n’a pas hésité à s’inspirer de l’ancien ministre de l’Economie. Il a créé en mars le mouvement «In cammino», «En marche», du nom du mouvement du candidat français. L’ancien président du Conseil italien espère ainsi être porté par l’éventuelle victoire de ce dernier, ce dimanche 7 mai.

Le vainqueur du premier tour en France s’est d’ailleurs félicité avec Matteo Renzi, «en marche lui aussi». «Ensemble, changeons l’Europe avec tous les progressistes», a-t-il commenté sur le réseau social Twitter. L’Europe est au cœur des préoccupations du secrétaire du PD réélu. Il avait conclu sa campagne électorale vendredi à Bruxelles avec le slogan: «L’Europe oui, mais pas celle-là.»

Mais avant de changer l’Europe, il doit reprendre les rênes de l’Italie. Pour cela, il doit mettre son parti en ordre de marche en vue des prochaines élections législatives, attendues au plus tard début 2018. Or la péninsule ne dispose toujours pas d’une loi électorale valide pour les deux chambres du Parlement, après l’échec de Matteo Renzi d’abroger le bicamérisme parfait. D’âpres négociations doivent maintenant s’ouvrir avec les autres formations politiques pour aboutir à un nouveau système électoral. Mais la crainte des opposants à l’ancien chef de gouvernement est que celui-ci fasse capoter les discussions pour anticiper les élections nationales cette année déjà, avant la fin de la législature en février 2018.

Le poids de son parti n’est cependant plus celui de 2013. Matteo Renzi récupère aujourd’hui un parti divisé, amputé de son aile gauche après une scission menée par des figures comme l’ancien président du Conseil Massimo D’Alema. Et n’incarnant plus le renouveau de la classe politique italienne, Matteo Renzi aura d’autant plus de mal à se hisser à nouveau au sommet de l’Etat.

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