Italie

Matteo Renzi se lance dans une bataille électorale à risque

Les Italiens se prononceront le 4 décembre sur la plus importante réforme constitutionnelle de l’après-guerre. Le président du Conseil tient ce soir un meeting à Florence, prélude à une campagne qui s’annonce acharnée

Matteo Renzi a choisi Florence pour lancer ce jeudi la campagne de soutien à sa réforme phare. Il n’aura pas de difficultés à convaincre ses habitants de l’importance de supprimer le Sénat dans sa forme actuelle, la capitale toscane étant sa ville natale. Si les citoyens approuvent son texte, ils mettront un terme à 70 ans de bicaméralisme parfait. Il s’agit de la plus importante modification de la Constitution italienne depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le président du Conseil montera ce soir sur la même scène qui l’a vu, il y a huit ans jour pour jour, se porter candidat à la tête de sa ville. Il en deviendra maire en 2009. La même scène qui l’a vu remporter il y a trois ans la primaire du Parti démocrate (PD, centre gauche). Il en devient le secrétaire en 2013. Autant dire que le leader florentin, à force de symboles, a fait de ce référendum le rendez-vous le plus important de sa carrière politique.

Plébiscite pour ou contre Matteo Renzi

Son siège de chef de gouvernement est en jeu, qu’il le veuille ou non. Avant l’été, certain de remporter le scrutin, il avait promis de quitter la vie politique si les Italiens refusaient de le suivre dans son parcours réformateur. L’opposition n’a pas attendu pour transformer le rendez-vous en plébiscite pour ou contre Matteo Renzi.

Mais les sondages n’indiquant pas un plébiscite en sa faveur (de 52 à 55% pour le non), il tente désormais de dépersonnaliser le vote. «Que le référendum ne soit pas utilisé au nom du désir de renverser le gouvernement», a-t-il lâché cette semaine, regrettant qu’un refus de son texte ne «renvoie à jamais la réforme».

Son Conseil des ministres a fixé lundi la date du scrutin au 4 décembre prochain. Dix semaines durant, Matteo Renzi arpentera l’Italie de long en large. Jusqu’à cinq ou six rendez-vous par semaine l’attendent à travers la Péninsule.

Avec la date a également été arrêtée la question qui sera posée ce jour-là aux Italiens: «Approuvez-vous le texte de loi constitutionnel pour le dépassement du bicaméralisme «parfait», la réduction du nombre de parlementaires et la baisse du coût du fonctionnement des institutions?» La question semble taillée sur mesure pour Matteo Renzi. Elle reprend mot pour mot ses arguments. «Il suffit d’un oui», répond-il simplement depuis des semaines. Il a fait de cette réponse son slogan de campagne.

En cas d’approbation du référendum, le Sénat se verrait transformé en représentant des régions et des collectivités territoriales, devenant uniquement un organe consultatif. Il perdrait donc son pouvoir législatif au profit de la Chambre des députés. Il serait composé de 100 membres, contre 315 aujourd’hui, issus des élections régionales.

Réforme électorale en parallèle

Approuver le texte permettrait de supprimer, selon le président du Conseil, un système politique paralysant le pays. Pas moins de 63 gouvernements se sont succédé depuis la naissance de la Première République en 1946.
Mais là où Matteo Renzi voit de la stabilité, l’opposition voit un risque de dérive autoritaire. Elle lui reproche de créer un système mettant aux commandes un seul homme. Car la réforme constitutionnelle va de pair avec une nouvelle loi électorale – l’Italicum – adoptée en mai 2015. En l’état, cette dernière permet au parti gagnant de remporter à la Chambre basse la majorité absolue.

Cette loi électorale, et non la réforme, a braqué même certains membres du PD au pouvoir. Les «dissidents» démocrates réclament une modification de l’Italicum, sans quoi ils voteront contre la réforme de leur secrétaire. S’ajoute à eux Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi. Si le magnat de la presse et ancien président du Conseil a participé à la modification de la Constitution, il est rentré depuis début 2015 dans une opposition farouche à Matteo Renzi. Il s’est en effet senti trahi lorsque son jeune successeur a choisi Sergio Mattarella comme nouveau président de la République.

Pour leur faire face, le président du Conseil s’apprête ce soir à revêtir une nouvelle fois les habits de rottamatore. Celui qui veut «envoyer à la casse» la vieille garde politique était monté sur scène à Florence en 2008 et en 2013 pour faire défaire ses adversaires. Puis en 2014, une fois les rênes du pays entre ses mains, n’avait-il pas lancé aux sénateurs, lors de son discours d’investiture, vouloir être le dernier président du Conseil à leur adresser la parole? Le «démolisseur» a dix semaines pour faire en sorte de tenir sa promesse.

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