Italie

Matteo Salvini, «ministre de la cruauté»

Le nouveau ministre de l’Intérieur veut recenser les Roms, suscitant une vague d’indignation en Italie. Le climat politique et social est toujours plus tendu une semaine après les actions anti-immigration du chef de la Ligue

Matteo Salvini veut recenser la communauté rom en Italie. Le secrétaire de la Ligue, parti d’extrême droite au pouvoir, semble toujours en campagne et prend encore le pas sur le nouveau ministre de l’Intérieur. Celui qui est aussi vice-premier ministre veut savoir «qui, comment, combien». Le but étant le démantèlement de tous les camps sauvages, «l’expulsion des étrangers irréguliers» grâce à des accords avec les Etats d’origine. «Même si les Roms italiens, malheureusement, tu dois te les garder à la maison», ajoute-t-il dans son style provocateur.

A une semaine de son interdiction faite aux navires d’ONG étrangères d’amarrer dans les ports italiens après leurs opérations de sauvetage en Méditerranée, Matteo Salvini continue, par son discours, à cliver la société italienne. De l’ancien président du Conseil, sur Twitter, à la présidente de l’Union des communautés juives italiennes, relayée par la presse, tous condamnent la proposition du ministre. «Hier les réfugiés, aujourd’hui les Roms, demain des armes à feu pour tous, écrit le démocrate Paolo Gentiloni. Qu’il est fatigant d’être méchant.» Noemi Di Segni, elle, s’inquiète car ces paroles rappellent les lois raciales «d’il y a seulement 80 ans, et tristement toujours plus oubliées».

«Nettoyage de masse»

«Le ministre de la Cruauté», comme l’a rebaptisé l’écrivain Roberto Saviano, a «transformé l’émigré et le Gitan en nouveaux ennemis des Italiens», regrette le quotidien La Repubblica dans son édition de mercredi. Ce discours sécuritaire de Matteo Salvini n’est pourtant pas nouveau. Il s’est réjoui mardi de la destruction d’une maison dans un camp illégal près de Turin grâce à un bulldozer, ces ruspe, en italien, devenus slogan de campagne par le passé. En février dernier, avant les élections législatives du 4 mars, visant les clandestins, il promettait par exemple un «nettoyage de masse […], rue par rue, quartier par quartier, et avec la manière forte s’il le faut, car il y a des bouts entiers d’Italie hors de contrôle».

Le style Salvini crispe le Mouvement 5 étoiles, son allié de gouvernement. Le leader du parti antisystème et ministre du Travail, Luigi Di Maio, ne s’est prononcé sur la question que deux jours plus tard, affirmant préférer un recensement au sein de l’administration publique pour débusquer les «recommandés», soit ces fonctionnaires ayant obtenu un contrat grâce à une faveur plutôt qu’à leurs compétences.

Tensions entre le M5S et la Ligue

La proposition de son collègue à l’Intérieur tend le M5S car celui-ci ne défend pas une ligne si radicale. Un recensement des Roms n’apparaît pas dans le contrat de gouvernement signé par les deux partis. Au chapitre «sécurité», le texte promet notamment la fermeture de tous les camps illégaux et l’obligation pour les mineurs d’être scolarisés, sous peine «d’éloignement de la famille». Les questions qui sortent de ce contrat politique devraient être gérées par un «comité de conciliation».

Matteo Salvini a été sermonné par le premier ministre, Giuseppe Conte, choix commun des deux partis gouvernementaux, la Ligue et le M5S. «Personne n’a à l’esprit un recensement sur une base ethnique, ce qui serait par ailleurs anticonstitutionnel car clairement discriminatoire», a réagi mardi le président du Conseil.

Jouissant de la confiance de 53% des Italiens, selon un sondage daté du 18 juin, le professeur de droit propulsé au sommet de l’Etat est plus populaire que le patron de la Ligue, qui se situe, lui, à 46%. Mais ce dernier reste le ministre le plus populaire du gouvernement. Sa politique migratoire est appréciée par près de trois sondés sur quatre, et son parti culmine à 28% des intentions de vote, soit un demi-point derrière le M5S, premier parti d’Italie.

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