Élections européennes

Matteo Salvini renforce son emprise en Italie après sa victoire aux européennes

La Ligue, le parti d’extrême droite italien, est arrivée en tête des européennes dimanche, renforçant la position de son chef, le vice-premier ministre Matteo Salvini, au sein du gouvernement populiste

L’homme fort de la politique italienne, Matteo Salvini, a encore renforcé dimanche 26 mai son emprise sur le gouvernement populiste au pouvoir à Rome, après les européennes dont les résultats, encore à confirmer, placent la Ligue (extrême droite) largement en tête avec environ 30% des voix.

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«Merci», a réagi le vice-Premier ministre italien et ministre de l’Intérieur, en affichant dimanche soir sur son compte Twitter une photo le montrant tout sourire brandissant une affiche avec les mots: «premier parti d’Italie, MERCI».

Selon des estimations et des premiers résultats partiels, la Ligue de Matteo Salvini réalise un score de quelque 30%, soit son meilleur résultat obtenu, et de loin, lors d’un scrutin national. En 2014, ce parti souverainiste et allié du Rassemblement national de Marine Le Pen en France, avait obtenu un peu plus de 6% des voix, et 17% lors des législatives en mars 2018.

Le M5S grand perdant

Surtout, il dépasse désormais largement son allié au gouvernement, le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème), grand perdant du scrutin de dimanche avec un score aux alentours des 20% des voix, alors qu’il en avait obtenu plus de 32% en mars 2018. Le rapport de forces déjà très déséquilibré en faveur de la Ligue est désormais acté dans les urnes, selon ces estimations, suscitant nombre d’interrogations sur la survie du gouvernement actuel.

Prenant la parole dans la nuit de dimanche à lundi depuis le siège de son parti à Milan (nord), Matteo Salvini a toutefois assuré que le gouvernement irait de l’avant. Les européennes? «Ça ne change rien en Italie», a-t-il réaffirmé, reprenant presque mot pour mot ce qu’il avait déclaré plus tôt dimanche et sa promesse d’aller jusqu’au bout de la législature, en 2023.

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Lâcher son allié

Mais s’il ne semble pas question, au moins pour l’instant, de lâcher son allié du M5S avec qui les relations sont pourtant exécrables depuis des semaines, il a toutefois clairement imposé l’agenda du gouvernement pour les prochaines semaines. «J’appelle à une accélération du programme de gouvernement», a lancé Matteo Salvini. Et d’énumérer quelques mesures phares de la Ligue: réduction des impôts, renforcement de la sécurité ou autonomie régionale. Autant de thèmes qui ne devraient pas manquer de créer de nouvelles tensions dans la majorité, tant les divergences sont profondes sur ces thèmes entre la Ligue et le M5S. La Ligue réclame aussi de choisir le prochain commissaire italien dans le futur exécutif européen, a confirmé un de ses responsables Riccardo Molinari.

Les polémiques, incessantes ces dernières semaines entre les deux alliés au sein du premier gouvernement populiste dans un pays fondateur de l’Union européenne, avaient ouvert la porte à tous les scénarios, y compris celui d’une chute inévitable de cet exécutif, lié par un «contrat de gouvernement». «La Ligue demande de voter pour elle pour les élections européennes ou pour provoquer une crise de gouvernement lundi matin?» s’est ainsi ouvertement interrogé le chef de file du M5S, Luigi Di Maio.

Elections anticipées?

Désormais en position de force, Matteo Salvini pourrait être tenté de provoquer des élections anticipées, particulièrement s’il ne parvient pas à imposer ses vues. Le bon résultat de l’autre parti d’extrême droite italie, Fratelli d’Italia (FdI, frères d’Italie), qui a obtenu environ 6% des voix, pourrait l’y inciter.

«Il y a toujours la possibilité de mettre sur pied un centre droit compact», a indiqué dimanche soir un des responsables de ce parti, Fabio Rampelli. La Ligue s’était présenté en mars 2018 aux côtés de FdI et de Forza Italia (FI, centre droit), le parti de l’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi. Cette coalition n’avait toutefois pas obtenu la majorité des sièges, incitant alors la Ligue à se tourner vers le M5S. Forza Italia a de son côté obtenu quelque 10% des voix dimanche, selon ces estimations, et Silvio Berlusconi, 82 ans, n’a cessé d’appeler Matteo Salvini à lâcher son allié actuel pour relancer cette coalition.

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