Changement de cap en Argentine, où Mauricio Macri a remporté l’élection présidentielle, à l’issue du second tour de scrutin dimanche. A la tête d’une coalition de centre droit qui se présente comme le changement, Mauricio Macri a été élu avec 51,4% des suffrages contre 48,6% pour le péroniste Daniel Scioli, dauphin de la présidente Cristina Kirchner. C’est le crépuscule de douze ans d’un pouvoir absolu des Kirchner, mais aussi une brèche dans l’hégémonie du péronisme depuis soixante-dix ans. Le nouveau président prendra ses fonctions le 10 décembre.

Sous des pluies de ballons multicolores, Mauricio Macri, col de chemise ouvert, a fêté «un jour historique, un changement d’époque», dansant sur fond de cumbia. Il a promis «une pauvreté zéro, la guerre contre le narcotrafic et l’union de tous les Argentins». Daniel Scioli a rapidement reconnu sa défaite et félicité son rival, avec lequel il avait des relations amicales depuis leur enfance.

A 56 ans, Mauricio Macri rompt avec la tradition des anciens présidents argentins, tous avocats de formation, qui se sont succédé depuis le retour de la démocratie en 1983. Il est ingénieur. Il connaît le monde des affaires et a travaillé avec son père, Franco Macri, l’un des plus riches industriels argentins. Il a été le président du club de football Boca Juniors, le plus populaire du pays (1995-2008). Il s’est ensuite lancé dans la politique en fondant en 2005, son parti, Proposition républicaine (PRO, droite). En  2007, il a été élu maire de Buenos Aires. Il était toutefois considéré comme un outsider peu charismatique, avec une gestion controversée de la capitale.

«Homme des fonds vautours»

Mauricio Macri a fait campagne dans les provinces pauvres et les bidonvilles, cherchant à rompre avec son image de fils à papa. Il a réussi à construire une coalition allant de sa formation PRO à l’Union civique radicale (UCR, centre gauche), le parti le plus ancien d’Argentine, en passant par la Coalition civique d’Elisa Carrio, une dissidence de l’UCR.

Un des principaux atouts de Mauricio Macri a été la victoire surprise du PRO dans la province de Buenos Aires, fief historique du péronisme, qui rassemble près de 40% des 42 millions d’Argentins, où Maria Eugenia Vidal l’a emporté sur le candidat officiel au premier tour, le 25 octobre.

Pour la première fois dans l’histoire, les Argentins se sont rendus aux urnes pour un second tour. Ce scrutin avait été précédé par un autre événement inédit, le 15 novembre, le débat télévisé entre les deux candidats à la présidence (le péroniste avait refusé le débat du premier tour).

Pendant la campagne, Daniel Scioli a présenté Mauricio Macri comme «un libéral, homme du Fonds monétaire international et des fonds vautours, l’homme qui [allait] ramener l’Argentine au passé, à l’austérité en supprimant les subventions et les aides sociales en faveur des plus démunis». «Cette campagne de la peur a échoué», estime le politologue Rosendo Fraga, qui explique en grande partie le résultat de cette élection par «un rejet» du style «autoritaire» de la présidence de Cristina Kirchner. «Il y a un sentiment de soulagement pour le changement attendu», ajoute l’analyste Alejandro Katz.

Mauricio Macri hérite toutefois d’une situation difficile. L’économie tourne au ralenti depuis cinq ans, les caisses de la banque centrale sont presque vides, les réserves s’élèvent à 26,2 milliards de dollars contre 52  milliards en 2011. L’inflation dépasse les 25% par an. Au Congrès, il ne disposera pas de majorité présidentielle.

Des centaines de membres de la Campora, le mouvement de jeunes militants fondé par Maximo Kirchner, le fils de la présidente, se sont rassemblés dimanche soir sur l’emblématique place de Mai, face au palais présidentiel. «Nous sommes déjà dans la résistance», a prévenu le député Andrés Larroque, chef de la Campora. Jusqu’au dernier moment, Cristina Kirchner a multiplié les nominations de militants dans les ministères.

Fin du kirchnérisme?

Reste à savoir si l’élection de Mauricio Macri signifie la fin du kirchnérisme, voire du péronisme. Cristina Kirchner n’a pratiquement pas fait campagne en faveur de Daniel Scioli, qu’elle avait désigné pour lui succéder, mais qui n’appartient pas à son entourage.

A tel point que certains analystes l’ont soupçonnée d’avoir misé sur une victoire de Mauricio Macri, afin de s’affirmer comme la chef de l’opposition, avec la présidentielle de 2019 en ligne de mire. Cristina Kirchner ne pouvait briguer un troisième mandat consécutif, mais sera éligible dans quatre ans.

Le futur politique de Cristina Kirchner dépendra du rôle que pourrait jouer la justice. La famille Kirchner et plusieurs de ses collaborateurs sont impliqués dans des scandales de corruption. Des juges ont commencé à rouvrir des dossiers brûlants, notamment une affaire de blanchiment d’argent à travers une chaîne d’hôtels de luxe en Patagonie, appartenant aux Kirchner. «Le kirchnérisme a été une maladie passagère», affirme Julio Barbaro, dirigeant historique du péronisme. Ancien haut fonctionnaire des Kirchner avant de rompre avec eux, Julio Barbaro se réjouit «d’un retour à la démocratie». A son avis, «le péronisme va se réorganiser avec de nouveaux leaders», en dépit de la saveur amère de la défaite.