A trois semaines du Sommet de la Terre pour le développement durable, une nouvelle loi au Brésil fait un peu désordre pour le pays hôte. Entré en vigueur lundi, le nouveau code forestier brésilien, promulgué avec des modifications voulues par la présidente Dilma Rousseff, est accusé de mettre en péril les forêts, et notamment l’Amazonie.

Le texte original datait de 1965. Il était longtemps resté lettre morte ou presque. Mieux appliqué depuis quelques années, il a permis de freiner le déboisement de l’Amazonie, passé de 27 000 km2 en 2004 à un peu plus de 6000 en 2011. Ce durcissement a braqué les ruralistas, les représentants du secteur agricole et de l’élevage au parlement, où ils détiendraient 52% des sièges. Il y a trois ans, ils ont donc lancé une offensive pour assouplir le texte, qui entrave selon eux l’essor de l’agriculture, en exigeant par exemple la préservation de 80% de la végétation en Amazonie.

Veto «partiel»

Le mois dernier, les ruralistas ont réussi à faire passer au parlement une réforme qui amnistiait en bonne partie les déboisements illégaux intervenus avant juillet 2008, permettant aux contrevenants de maintenir les exploitations agricoles ouvertes dans la forêt jusqu’à cette date, sans avoir à les reboiser. Dilma Rousseff avait jusqu’au 25 mai pour se prononcer sur le texte. Soumise à d’intenses pressions, elle a attendu jusqu’au dernier moment pour se décider. Le veto total prôné par les écologistes semblait politiquement difficile à imposer: bon nombre des ruralistas font partie de la coalition au pouvoir et pouvaient lui retirer son soutien. De plus, l’agriculture est un secteur clé de l’économie, qui représente plus de 5% du PIB.

La présidente a donc opté pour un veto «partiel». Pour l’ex-ministre de l’Environnement Carlos Minc «ce n’est pas la loi idéale mais Dilma a quand même donné une gifle aux ruralistas», en supprimant notamment l’article controversé qui amnistiait presque totalement le défrichement des berges des cours d’eau. La présidente a restauré l’obligation de reconstituer – du moins en partie – cette végétation essentielle à la préservation de l’eau, mais proportionnellement à la superficie de l’exploitation, afin de favoriser les petits agriculteurs.

Pour les écologistes, au contraire, le nouveau code est une victoire pour le lobby agricole et consacre l’amnistie des défricheurs. «Les petites exploitations [jusqu’à 400 ha selon les critères brésiliens, ndlr] sont dispensées de reboiser les surfaces déforestées jusqu’en 2008, explique Marcio Astrini, de Greenpeace. Or, cette mesure va profiter aussi aux grands producteurs, qui accumulent souvent plusieurs petites propriétés. Si j’en ai quatre, toutes seront amnistiées.» «Quand l’Etat fait passer le message qu’on peut violer la loi impunément, il prend le risque d’encourager le défrichement illégal, ruinant ses propres efforts pour le contrer», renchérit Raul do Valle, de l’Institut socio-environnemental.

Nouveaux déboisements

La présidente Rousseff a également maintenu des dispositions qui ouvrent la voie à de nouveaux déboisements. Ainsi, dans les régions d’Amazonie dont plus de 65% de la superficie est couverte par des réserves, le pourcentage de forêt à préserver passe de 80 à… 50%. D’autres menaces pèsent également sur la forêt amazonienne, comme les barrages en cours de construction ou encore l’ouverture de routes, des grands projets soutenus par Dilma Rousseff. Pour Paulo Moutinho, de l’Ipam, un institut de recherche sur l’Amazonie, «la surveillance d’une région grande comme une fois et demie l’Europe est forcément limitée. Pour sauver la forêt, il faut rémunérer les services rendus à la planète par ceux qui, en la préservant, évitent le réchauffement du climat.»