Les incendies de forêts sont favorisés par des conditions climatiques chaudes et sèches, même si à plus de 90%, l’étincelle de départ est d’origine humaine. Mais le manque de gestion des forêts et l’implantation anarchique d’habitations sur le pourtour méditerranéen contribuent à leur recrudescence.

La conjonction de températures élevées et de vents chauds soufflant du Sahara a amplifié le phénomène qui a touché simultanément cette semaine le sud de la France, la Grèce, l’Italie, la péninsule ibérique et l’Algérie.

En deux jours, jeudi et vendredi, environ 15’000 ha ont flambé en Sardaigne: autant que la moyenne annuelle sur les dix dernières années.

Comme en d’autres parties du monde (Amérique du Nord, Australie), le problème s’aggrave en Europe et répond aux modifications du climat, indique le Professeur Donatella Spano, du Centre euro- méditerranéen pour le changement climatique à Lecce, en Italie.

»Les statistiques montrent clairement que le nombre de feux de forêts a fortement augmenté au cours des trente dernières années: on en recense environ 90’000 par an, qui détruisent en moyenne 600’000 ha en Europe. Mais les données font surtout apparaître une recrudescence des épisodes extrêmes», comme en 2003 au Portugal ou en 2007 en Grèce, insiste-t-elle. La ville mange les collines

Pour le Pr Spano, les hommes sont doublement responsables. La menace essentielle des incendies vient de l’abandon de la forêt méditéranéenne, mais aussi de l’interaction croissante entre la nature et les zones urbanisées.

«Ce phénomène est particulièrement évident dans les zones touristiques: sur le littoral, on construit des résidences touristiques ou des villas cernées par la végétation méditerranéenne, excellente conductrice du feu», souligne-t-elle. Comme à Athènes, Marseille ou Los Angeles, où la ville n’en finit plus de manger les collines.

«On laisse les gens s’installer dans la forêt, mais quand une maison est léchée par les flammes, c’est peut-être qu’elle était trop près de la forêt», renchérit Pierre Icard, chercheur du Plan Bleu à Sofia-Antipolis, l’un des programmes de coopération euro- méditerranéenne.

Ce qui manque encore à beaucoup de pays d’Europe du sud, ajoute-t- il, c’est la capacité de réaction: «Si la France ne connaît pas la situation du Portugal ou de la Grèce, c’est aussi qu’elle a renforcé ses capacités de suivi et d’intervention rapide.» Risque de désertification

L’absence de gestion de la forêt méditerranéenne est un autre facteur aggravant. Celle-ci est peu à peu abandonnée par les ruraux qui cèdent la place aux touristes.

«Les villas secondaires abritent des gens qui ne connaissent rien à la végétation. Les sols ne sont plus entretenus, on laisse s’accumuler la végétation morte qui constitue autant de carburant», estime Andrea Cialan, chercheur du European Forest Fire Information System (EFFIS), l’un des principaux outils de surveillance et d’information sur les incendies au sein de l’Union européenne.

«Les forêts de Méditerranée ne sont plus gérées parce qu’elles ne sont plus rentables, ce n’est pas comme en Scandinavie», ajoute-t- il. «Il faut absolument adopter de nouvelles politiques et introduire de nouvelles méthodes de gestion.»

Après un incendie, explique-t-il, la forêt peut repousser. Mais les sols nus sont exposés aux fortes pluies, au ruissellement qui entraîne leur dégradation. Et si le feu survient de nouveau dans les années qui suivent, la forêt ne reviendra pas.

«C’est une des tendances émergentes en Méditerranée, liée aux incendies de forêts: la dégradation des sols, qui finit par conduire à la désertification.»