«Nous leur présentons nos papiers de divorce!» Mosiuoa Lekota, l'ex-ministre de la Défense, qui avait démissionné après le départ forcé du président Thabo Mbeki, le 21 septembre, était tout sourire, mercredi à Johannesburg, en annonçant la création probable d'un nouveau parti. Le divorce n'est pas encore consommé. «Mais s'ils (le président de l'ANC Jacob Zuma et les autres dirigeants du parti) continuent à se montrer aussi arrogants, nous réunirons, d'ici deux à trois semaines, une convention au sein de l'ANC pour créer un parti, qui pourrait se présenter aux élections de l'an prochain. Nous ne permettrons pas que l'on détruise la démocratie sud-africaine!»

Depuis un an, Mosiuoa Lekota est la bête noire du camp de Jacob Zuma, le président de l'ANC. En décembre dernier, lors du congrès du parti, il avait perdu son poste de «national chairman», après avoir dénoncé à maintes reprises les débordements de Jacob Zuma et de ses supporteurs. Mosiuoa Lekota les accuse d'avoir encouragé le tribalisme (avec leurs fameux t-shirts «100% Zulu boy») et la violence. L'ancien ministre reproche notamment à Jacob Zuma d'avoir choisi un hymne de la lutte armée (Donne-moi ma mitraillette) comme cri de ralliement et de n'avoir jamais dénoncé les menaces de ses partisans de prendre les armes, en cas de procès pour corruption: «Zuma devrait être jugé. Mais désormais, ce sont les foules qui dictent aux juges ce qu'ils doivent faire! L'ANC ne respecte plus le principe de l'égalité devant la loi.» Le «limogeage» de Thabo Mbeki a été «la cerise sur le gâteau», selon George Mluleki, l'ex-secrétaire d'Etat à la Défense, venu soutenir Mosiuoa Lekota. Mais personne ne sait si l'ex-chef d'Etat participera au schisme.

«Mécontentement profond»

Si un nouveau parti est créé, quelles sont ses chances de réussite? «Ceux qui ne sont pas alignés sur Zuma sont persécutés et il y a un mécontentement profond à la base du parti, affirme Mosiuoa Lekota. Dans les deux provinces du Cap, plus d'un millier de militants ont quitté l'ANC.» Mais du côté des commentateurs politiques, on est prudent: «Même si beaucoup sont mécontents, ils resteront fidèles à l'ANC par tradition. Les poids lourds de l'ANC ne vont pas partir», affirme Steven Friedman, du Centre pour l'étude de la démocratie. «Comme les autres partis d'opposition, une nouvelle formation risque de se limiter à une présence régionale, qui ne remettra pas en cause l'hégémonie de l'ANC», ajoute Dirk Kotze, de l'Université d'Afrique du Sud, à Pretoria.

Après avoir tiré à boulets rouges sur Mosiuoa Lekota, traité de «cheval à l'agonie» dans un échange acrimonieux de «lettres ouvertes» publiées dans la presse, la direction de l'ANC semble avoir pris conscience d'un danger: «Le mariage n'est pas terminé. Nous devons garder la tête froide et nous retrouver pour mener à bien le processus de réconciliation», a déclaré hier Mathews Phosa, le trésorier général du parti. Jacob Zuma a toutefois lancé un avertissement, en soulignant qu'il y avait «une limite dans l'utilisation de l'ANC pour déstabiliser le parti».