Les gens poussent des «ouhs» mi-outrés mi-amusés. «Ce n'est pas si difficile de régler le problème de la sécurité sociale», vient de dire le candidat républicain John McCain en louant le «merveilleux Ronald Reagan». «Aussi merveilleux que toi!» lance quelqu'un en direction de l'écran. Pas de mystère: dans ce bar de Chicago, le Quenchers, tout le monde est acquis à la cause de Barack Obama. Mardi soir, à Nashville, dans le Tennessee, le deuxième débat présidentiel entre les deux candidats était suivi avec une très grande attention par la centaine de clients. Mais en toute subjectivité.

«J'ai un plan pour sortir de la crise financière», avait dit d'entrée de jeu le républicain. Les Américains ne pensent plus qu'à l'économie. Et pour John McCain, dont la popularité s'écroule ces derniers jours, il s'agissait là d'une des dernières chances de rester réellement dans la course. A en croire le candidat, la fin de la crise «passe d'abord par l'indépendance énergétique». Mais il a repris aussi à son compte une mesure qui est dans l'air depuis une semaine dans les cercles politiques de Washington: racheter les crédits hypothécaires douteux des particuliers (les célèbres «subprime») pour tenter de mettre fin à la spirale descendante du prix de l'immobilier. Le candidat, pourtant, n'a pas dévoilé le détail de ce plan, qui coûterait sans doute très cher aux contribuables américains et qui viendrait s'ajouter aux 700 milliards de dollars du plan de sauvetage des banques américaines.

Cette proposition a-t-elle été suffisante pour renverser le «momentum» et ramener aux républicains les électeurs qui font davantage confiance à Barack Obama pour résoudre la crise? «Ce n'est pas le plan d'Obama, ce n'est pas le plan de George Bush, c'est mon plan», expliquait le républicain, laissant transparaître la difficulté qu'il a désormais à trouver son propre chemin dans la bataille. Au Quenchers, en tout cas, ce plan a laissé les militants de marbre: «Ça sent le désespoir», ironisait Brad qui, avec sa quarantaine d'années en avait quinze de plus que la moyenne des clients du bar. «McCain est arrivé au point où il est prêt à promettre la lune.»

Au vrai, le candidat républicain s'en est mieux sorti que lors du précédent face-à-face contre son rival. Essayant de tirer parti au maximum du format du débat (qui consistait à répondre aux questions d'électeurs soigneusement choisis), il s'approchait autant que possible des participants, s'adressant à eux par leur prénom, les regardant droit dans les yeux. Mais John McCain n'a pas réussi à se départir d'une certaine condescendance à l'égard de son rival qui lui a déjà coûté beaucoup de points dans les sondages: «J'en sais un bout sur la question», disait-il parfois, ou encore «je connais ce genre de situations». A un moment, le républicain s'est adressé à Barack Obama en parlant de «celui-là». Grondement de colère parmi les clients du Quenchers. «Raciste», lui a rétorqué l'un d'eux.

En face, Barack Obama est resté sur le registre un peu froid et distant qui lui a si bien réussi jusqu'ici. Mais c'est lui qui a lancé l'attaque la plus percutante de la soirée. Alors que son rival mettait en avant «l'aventurisme» du démocrate en matière internationale, Barack Obama l'a laissé venir, louant sa prudence affichée avant de souligner que John McCain était «le gars» qui avait chanté bomb, bomb, bomb Iran, promis d'écraser la Corée du Nord ou prôné la guerre contre l'Irak...

Selon les sondages qui se sont immédiatement affichés sur les écrans après le débat, c'est une nouvelle fois Barack Obama qui a remporté ce face-à-face. Dans le Quenchers, déjà, les clients étaient tout occupés à célébrer la victoire du sénateur de l'Illinois, cet enfant du pays. Sur une petite scène, les militants attribuaient les prix d'une tombola (un livre dédicacé, des serviettes Obama...) visant à remplir les caisses de la campagne. «Ce que j'ai appris de nouveau dans ce débat?, interrogeait Brad. Une seule chose: que McCain, décidément, ne fait pas le poids face à Barack...»