C'est l'homme d'une parole. John McCain a bâti sa carrière, et une stature devenue quasi légendaire, sur sa constance et sa droiture. Aujourd'hui, le sénateur républicain de l'Arizona est officiellement candidat à la présidence américaine. Enfin, presque officiellement: dans cette interminable partie de poker que sera la course électorale la plus longue de l'histoire des Etats-Unis, il est encore trop tôt pour dévoiler l'ensemble de ses cartes.

Guerre du Vietnam, 26 octobre 1967: le chasseur que pilotait le jeune McCain est abattu près de Hanoi. Le pilote en réchappe, une jambe et les deux bras cassés, pour être fait prisonnier par les Vietnamiens. Apprenant qu'il est le fils du commandant des forces navales américaines dans le Pacifique, l'ennemi propose de le libérer. Mais, par égard pour ses camarades, McCain refuse cette faveur. Une résolution qui lui coûtera des années d'emprisonnement en isolement.

Guerre médiatique américaine, 28 février 2007: John McCain participe à un talk-show enjoué sur la chaîne CBS. Lors de sa dernière invitation à l'émission, le sénateur avait promis d'y revenir pour déclarer sa candidature. «J'annonce que je serai candidat à la présidence des Etats-Unis», expliquait-il donc mercredi soir.

L'homme d'une parole, mais une drôle de campagne. La «réelle» annonce officielle, John McCain la réserve en effet encore pour le mois d'avril. Dans le marathon qui s'est engagé, il ne faut pas gaspiller les chances d'occuper la tête de la course. D'ici là, le sénateur sera allé en Irak pour prendre la mesure de la situation, comme l'a déjà fait avant lui celle qui sera sans doute sa principale rivale démocrate, Hillary Clinton. D'ici là, il pourra encore préciser sa position, pour le moins difficile à tenir dans les Etats-Unis d'aujourd'hui.

La guerre en Irak? Elle est centrale dans les préoccupations de ce sénateur au profil si particulier. Battu par George Bush en l'an 2000 lors de la campagne républicaine, il est devenu à la fois soldat loyal du vainqueur et franc-tireur. A la fois héros et victime. La guerre, le soldat McCain y est favorable, depuis le premier jour. Et si cela ne tenait qu'à lui, il n'enverrait pas 20000 hommes supplémentaires sur le terrain, mais 50000. Il l'a dit et répété, sachant pertinemment combien cette position est difficile à défendre dans un pays qui rejette aujourd'hui majoritairement les errements du président. Ce qui, chez d'autres, apparaîtrait comme de l'obstination est, chez lui, gage d'intégrité. La constance, toujours.

Le franc-tireur, pourtant, commence à payer le prix de cette adhésion. Sur les questions d'environnement, mais surtout dans les débats à propos des prisons secrètes de la CIA et de la torture, le sénateur s'est déjà dressé par le passé contre l'administration Bush. Aujourd'hui, son soutien initial à la guerre menace de se convertir pour lui en une prison aussi dangereuse qu'une cellule nord-vietnamienne. Il y a une semaine, John McCain lançait une attaque au vitriol. «Le mot le plus aimable que je puisse trouver est celui de mauvaise gestion (de la guerre)», assurait-il en s'en prenant particulièrement à son architecte, l'ancien chef du Pentagone de George Bush: «Je pense que Donald Rumsfeld entrera dans l'histoire comme le pire secrétaire à la Défense.»

Sur CBS mercredi, McCain poursuivait sur la même ligne: «Les Américains sont très frustrés, et ils ont des raisons de l'être.» Puis: «Nous avons gaspillé beaucoup de notre plus précieux trésor, qui est constitué par les vies américaines.» Pour avoir tenu un discours analogue il y a quelques jours, et semblé ainsi minimiser le sacrifice des soldats, Barack Obama avait été sommé de s'excuser. Et McCain le sait: ces mots résonnent bien plus fort dans sa bouche que dans celle du jeune candidat démocrate.

Le sénateur doit impérativement se distancier de l'administration Bush. Les sondages le lui prouvent: pour la première fois, ce n'est plus lui qui est en tête dans les intentions de vote des républicains, mais Rudolph Giuliani l'ancien maire de New York, rendu particulièrement populaire par l'attitude qu'il a affichée le 11 septembre 2001. Héros d'une guerre contre héros d'un jour.