Genève internationale

«Je me suis engagée à ne pas participer à des conférences où il n’y a pas de femme»

Rosemary McCarney, ambassadeure canadienne auprès des Nations unies, est l’une des membres d’un réseau novateur né à Genève pour lutter contre la sous-représentation des femmes dans les organisations internationales et les missions diplomatiques

Cet article fait partie de l'édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


De nombreux jeunes me demandent: «comment puis-je faire ce que vous faites?» Malheureusement, je dois les décevoir chaque fois qu’ils me posent la question. Il n’y a pas de réponse simple ou de chemin précis. Ce n’est certainement pas Google Maps qui peut indiquer comment se rendre à Genève à titre d’ambassadeure et représentante permanente du Canada auprès des Nations unies et de la Conférence du désarmement.

J’ai été chanceuse de vivre une vie très internationale. J’ai enseigné le droit international, travaillé à la Banque mondiale, à l’USAID, à l’Agence canadienne de développement international et dans le secteur privé et j’ai écrit plusieurs livres sur des questions sociales ou qui touchent les enfants du monde entier, comme l’accès à l’école. Chanceuse, certes, mais j’ai également travaillé à cette fin avec détermination depuis mon adolescence.

Le réseau «International Gender Champions»

Le parcours d’une femme qui souhaite poursuivre une carrière internationale nécessitera des efforts particuliers. Les femmes sont moins nombreuses sur le marché du travail à l’étranger, et encore moins à occuper un poste diplomatique haut placé. En 2015, Genève a vu la création d’un réseau de dirigeants d’organisations internationales, d’ambassadeurs ou de dirigeants d’ONG pour promouvoir l’égalité des genres. Les ambassadeurs de cette cause sont les «International Gender Champions» (IGC) et cette initiative a été reprise à New York.

Ce réseau a fait plusieurs constats. En 2016, seulement 22% des ambassadeurs à Genève étaient des femmes. De plus, de 2006 à 2016, le nombre de femmes membres du personnel diplomatique à Genève a progressé de seulement 4%. L’ICG a calculé qu’à ce rythme, il faudrait 40 ans pour atteindre la parité entre les sexes.

Un outil original

Pour accélérer cette très lente trajectoire, l’IGC veut favoriser la parité des sexes au sein des organismes des Nations unies et des missions permanentes, et ce à tous les échelons. Ces «champions de l’égalité» entre les sexes ont pris des engagements publics précis visant à encourager une culture qui intègre une politique d’égalité entre les sexes relative à l’attribution des marchés, la promotion de processus électoraux ouverts, transparents et équilibrés sur le plan des nominations nationales de femmes à titre de titulaires de poste et de membres d’organismes d’experts. L’outil le plus original et novateur est un engagement de parité (Panel Parity Pledge) au sein des innombrables panels et conférences organisés au sein de la Genève internationale.

Pourquoi une telle exigence? Parce que 50% de la population a droit à une visibilité équitable à titre de conférencières et d’expertes lorsque l’on discute de politiques mondiales aux Nations unies. Les champions de l’égalité qui prennent part aux activités internationales à Genève ont convenu de ne plus participer aux groupes de discussion à moins qu’une femme ne soit présente à la table de conférence à titre d’experte. Les membres de l’IGC se sont engagés à mettre en œuvre un processus plus respectueux et réfléchi afin d’identifier les expertes qui pourraient participer aux discussions. Un processus qui, comme tous les efforts menant à l’égalité entre les sexes, deviendra au fil du temps, nous l’espérons, habituel.

Savoir prendre des risques

Ces initiatives aideront certainement, mais les jeunes femmes devront faire leurs propres expériences et acquérir des titres de compétence diversifiés pour réussir à atteindre ces postes exigeants. Chacun peut se bâtir une boîte à outils. Il faut à la base réussir des études de qualité et ensuite être prête à prendre des risques de carrière et sortir des sentiers battus recommandés par plus d’un.

De plus, il importe d’avoir l’ambition de faire évoluer les choses. Avoir bien sûr le courage de défendre ses opinions à haute voix, et ce de façon respectueuse, lorsque les choses ne vont pas. Enfin, il faut également être dotée des valeurs et des principes fondamentaux qui permettent de se remettre en question fréquemment, ainsi que la confiance et la force de saisir les opportunités et de relever les défis.

Quant aux jeunes hommes, ils devront veiller à ce que la parité entre les sexes soit au cœur de leurs valeurs et de leurs principes tout au long de leur carrière. Ainsi, ils deviendront à leur tour d’ardents défenseurs de la parité entre les sexes, tout comme le sont les leaders hommes et femmes qui participent aux activités internationales à Genève aujourd’hui.

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