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Entre Emmanuel Macron et les journalistes, la guerre est déclarée.
© REUTERS / GONZALO FUENTES

Lu ailleurs

Les médias, cibles du dédain macronique

Ils sont futiles, incompétents, jamais à la hauteur: on savait déjà qu'Emmanuel Macron n'aime plus les médias depuis qu'il est président, mais l'enquête de Vanity Fair est assez édifiante

«Qu’est-ce que la liberté d’expression? Sans la liberté d’offenser, elle cesse d’exister.» Cette petite phrase du romancier britannique Salman Rushdie, citée après les attentats de Charlie Hebdo, pourrait aussi renvoyer à la politique de communication d’Emmanuel Macron. C’est grave, docteur? Oui, assez pour que ces rapports dignes de la Guerre froide viennent mettre en exergue une crise qui perdure depuis la campagne présidentielle de 2016. Et qui a poussé le mensuel Vanity Fair à enquêter dans son numéro de septembre sur les rapports entre le pouvoir politique en place et les journalistes.

A lire, sur le site de Vanity Fair: Emmanuel Macron et la presse, histoire d'un mépris (par Charlotte Chaffanjon)

L’ancien ministre de l’Economie a été traumatisé par les révélations sur la liaison de François Hollande et Julie Gayet, et il entend bien donner une image irréprochable en ne devenant pas, et ce sous aucun prétexte, une cible, explique le mensuel. Pour endiguer les éventuels «comportements abusifs», une solution s’impose à ses yeux: couper l’herbe sous les pieds des médias. Pour l’épauler dans cette tâche, le président s’appuie sur une féroce équipe de communicants, composée entre autres de Sibeth Ndiaye, Alexis Kohler et anciennement de Sylvain Fort, chargés de recadrer les fauteurs de troubles à la moindre incartade. La ligne de conduite imposée est simple: soit on est avec Macron, soit on est contre lui. Et malheur aux entreprenants.

Lire aussi: La communication de Macron décryptée

Un président sensible à la critique

Paul Larrouturou en sait quelque chose. Alors que le candidat d’En marche! filait vers La Rotonde pour fêter sa qualification au second tour, le journaliste de Quotidien déclenche son courroux en comparant sa soirée à celle de Nicolas Sarkozy en 2012, jugée «bling-bling»: «La Rotonde, c’est votre Fouquet’s?» Réponse immédiate du principal intéressé: «Moi, je n’ai pas de leçon à recevoir du petit milieu parisien.» Une pique gratuite qui provoquera pour le futur président un premier scandale avant même d'être élu. Quant à Paul Larrouturou, pour avoir déclenché la polémique, son accréditation à l'Elysée sera révoquée. Une situation similaire à celle vécue par Le Monde, qui après avoir titré en une «Le candidat sans programme», voit ses reporters être blacklistés et les demandes d’interview refusées.

Si ces passes d’armes auraient logiquement dû faire évoluer les rapports entre les journalistes et le chef de l’Etat, elles n’ont en réalité que déclenché une guerre qui ne portait pas encore son nom. Dans son enquête, la journaliste Charlotte Chaffanjon évoque les différents reproches adressés à L’Obs pour avoir illustré, en couverture et en gros plan, le visage d’Emmanuel Macron entouré de barbelés. L’Agence France Presse n’échappera pas non plus à la nouvelle règle pour des titres de dépêches jugés trop critiques. Certaines interviews seraient réécrites - «Si tu crois que l’interview de trois heures parues dans Le Point [datée du 30 août 2017] correspond aux trois heures d’entretien, tu te trompes» a répondu le service de presse au directeur du magazine Society, Franck Annese...  

Des médias jugés trop critiques mais aussi trop futiles: Vanity Fair rappelle comment, lors de son déplacement à Quimper le 21 juin, le président s'agace des questions portant sur la construction d'une piscine au fort de Brégançon, la résidence estivale des présidents français, qu'il estime être hors-sujet: «Je le dis col­lec­ti­vement: il faut qu’on se discipline. Ne prenez pas l’habitude de poser des questions qui n’ont rien à voir avec le schmilblick». A la question, moins personnelle, d'un autre «incompétent» sur la limitation de la vitesse à 80 km/h, il répond, accablé: «Vous ne vous intéressez pas aux problèmes de fond. J’ai de la peine pour vous... J’ai vraiment de la peine pour vous.»

Attaques frontales

Les politiques montent également au créneau, à l’image de Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, qui n’hésite pas à lâcher à notre consœur que «les journalistes du Monde sont des danseuses. Ils ont un melon pas possible.» Des scènes surréalistes. Même en public: c'est ainsi que pendant l’affaire Benalla, le 24 juillet, Emmanuel Macron  fustige devant sa majorité parlementaire «une presse qui ne cherche plus la vérité», «un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire», des journalistes qui ont «décidé qu’il n’y avait plus de présomption d’innocence dans la République».

Dans sa volonté d'être parfait aux yeux des Français et du monde entier, Emmanuel Macron s'est pourtant entouré des meilleurs spécialistes, raconte Vanity Fair. Le magazine évoque notamment la puissante et sulfureuse Michèle Marchand, dite Mimi Marchand, la patronne de l'agence de photo Bestimage, auteure des bons comme des mauvais coups, dont Vanity Fair avait été le premier à faire le portrait. Tapie dans l'ombre et véritable pierre angulaire, elle s'occupe avec soin de l'image du président et de son couple. C'est d'ailleurs à elle qu'on doit les clichés people à la plage et... les images de l'interview d'Alexandre Benalla dans Le Monde.

Lire également: Emmanuel Macron «seul responsable»… avec la presse

Le dernier épisode de ce mauvais feuilleton est en cours, et agite encore toutes les rédactions politiques: l'Elysée est en train de déplacer la salle de presse, vieillotte et étriquée, hors du Palais de l’Elysée. Un déménagement justifié par la communicante Sibeth Ndiaye pour «qu’il n’y ait pas de toute-puissance journalistique». «Je suis dans une colère noire car c’est la fin de quarante ans de contre-pouvoir et tout le monde a l’air de trouver ça normal», explose un agencier, craignant que l’Élysée devienne «le Kremlin». Ce déménagement tiendrait physiquement et définitivement la presse éloignée de l’action élyséenne.

Petit détail croustillant, la libération de l’ancien bureau de presse devait permettre à Alexandre Benalla d’y installer son centre opérationnel dédié à la sécurité du président...  «Incroyable retournement. L’homme qui aurait dû, sans que personne ne le sache, veiller à la tranquillité du président depuis l’ancien QG de presse dont la présence l’indisposait, finit en pleine lumière, débusqué par des journalistes» termine impitoyablement Vanity Fair.

A lire, sur le site de Vanity Fair: Emmanuel Macron et la presse, histoire d'un mépris (par Charlotte Chaffanjon)

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