Revue de presse

Les médias saluent l’arrivée de deux femmes à la tête de l’UE

«Habemus mulieres!» L’Union européenne s’est enfin décidée. Avec Ursula von der Leyen à la tête de la Commission et Christine Lagarde à celle de la BCE, la cause y gagne. Et le couple franco-allemand, en pétard depuis plusieurs mois, est sauvé

«Le symbole est fort!» pour Le Figaro. Enfin de l’action et du choix. Déterminé, pourrait-on ajouter. Après moult tergiversations, l’Union européenne a donc «désigné pour la première fois deux femmes aux compétences reconnues aux deux postes les plus importants de ses institutions: l’Allemande polyglotte et francophile Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission et la Française Christine Lagarde à la tête de la BCE».


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«Les femmes prennent les commandes de l’Union européenne», titre Courrier international. «Je suis vraiment ravi. Après tout, Europe (princesse de la mythologie grecque) est une femme. Je crois que cela valait le coup d’attendre», se réjouit Donald Tusk, président sortant du Conseil européen cité par le Guardian:

Les âpres négociations entre dirigeants européens, les coups de poignards et coups de théâtres auront finalement eu une vertu, et l’Europe peut être fière de ses choix

Et ce n’est pas Charles Michel qui va l’effrayer, cette Europe, comme président du Conseil, lui qui va enfin pouvoir se sortir de son pétrin belge. Même si ce n’est «pas forcément une bonne nouvelle» pour le quotidien Le Soir, qui juge que «le départ du premier ministre va déplumer encore davantage un exécutif qui l’était déjà largement».

Ces «deux femmes à deux postes clés», c’est plutôt «inattendu» aux yeux de Libération. Pas tant pour la parité que l’on cherchait, mais pour le profil des élues: elles «ne sont certes pas des femmes de gauche, mais ont fait preuve dans leurs responsabilités antérieures de compétence et, pour l’Allemande en tout cas, d’une bienveillance indiscutable. La cause des femmes y gagne, c’est l’évidence […] soyons positifs: l’Europe de nos rêves ne se fera pas en un jour. Elle a fait un pas dans la bonne direction. Tout bien pesé, c’est une bonne nouvelle.»

Deux obstacles: les Verts et les sociaux-démocrates

«Heureux ceux dont le nom n’est jamais mentionné. Les miracles travaillent en leur faveur», écrit aussi la Süddeutsche Zeitung, à propos de celle qu’elle désignait mardi comme la «Kompromisskandidatin». Mais «qu’Ursula von der Leyen représente ou non le plus grand dénominateur commun des parties prenantes n’apparaîtra que lors du vote au Parlement». Pour le quotidien néerlandais NRC Handelsblad comme pour Die Zeit, ce n’est pas gagné, car «les Verts, quatrième force politique […] ne voteront pas pour elle. Quant aux sociaux-démocrates, deuxième groupe du Parlement, ils sont également loin d’être convaincus.» Tout comme beaucoup d’internautes:

«L’Allemande a réussi à générer un consensus que les précédents favoris pour le poste n’étaient pas parvenus à obtenir», constate pour sa part le journal espagnol El Mundo. «Issue de la CDU, elle […] fait face à de nombreuses critiques en Allemagne sur sa gestion de l’armée.» «Une série de scandales a […] éclaboussé la Bundeswehr et son ministère, rappelle Le Dauphiné libéré: matériel obsolète, sous-investissements, experts surpayés, essor de l’extrême droite dans les rangs. […] Selon un sondage récent du Bild, elle est considérée comme une des deux ministres les moins compétents du gouvernement»…

… Elle a aussi été soupçonnée un temps en 2015 de plagiat de son doctorat, un sujet très sensible en Allemagne qui a causé le chute de plusieurs responsables politiques

«Zu kurz gedacht» («trop peu réfléchi»), dit le quotidien populaire allemand aujourd’hui. En attendant sa confirmation, cette mère de sept enfants bardée de diplômes est «la dame de fer de Merkel», selon La Stampa de Turin. «Ses idées économiques sont mal connues, mais elle s’est toujours présentée comme une fédéraliste convaincue.» Elle a une aspiration: «Aboutir aux Etats-Unis d’Europe. Je n’imagine pas l’Europe de mes petits-enfants comme une union déchirée d’Etats pris au piège de leurs intérêts nationaux.» Bon courage et bonne chance, Madame.

Retrouvez notre portrait paru en 2006, lorsqu’elle était ministre de la Famille: Ursula von der Leyen, la «super nanny» allemande

Et Christine Lagarde?

«Si tu ne viens pas à Lagarde, Lagarde ira à toi…» La formule est jolie, trouvée par La Nouvelle République, qui trouve que l’actuelle patronne du FMI, «sans jamais paraître ambitieuse, ni carriériste, […] est un peu la surprise du chef du casting. […] Et en quelque sorte, une pionnière en étant la première femme désignée à ce poste. A ce titre, [elle] a déjà bousculé les vieilles conventions: première femme à piloter le prestigieux cabinet d’avocats d’affaires Baker McKenzie, elle a aussi été, en pleine crise économique, la première femme ministre de l’Economie et des Finances en France […]. A l’issue, elle est devenue la première femme directrice générale du Fonds monétaire international. Nommée en 2011 et […] reconduite en juillet 2016.»

Lire notre portrait publié en 2016: Christine Lagarde, un parcours de première classe

Les confiseries de Madame

«Au sein de la zone euro, on se souvient d’elle comme de celle qui, au plus fort de la crise grecque, distribuait des confiseries M&M’s aux ministres des Finances en séance et qui a publiquement souhaité avoir des discussions» sur le dossier de la parité, «avec des adultes dans la salle», se souvient Le Soir de Bruxelles, pour lequel c’est «une bonne communicante, qui a aussi la faculté d’apprendre très vite». Certains médias sont par contre plus prudents, comme El País à Madrid, qui juge que «de tous les nommés… l’Espagnol Josep Borrell, proposé au poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères, est le mieux taillé pour son poste».

On tempérera également, comme le fait par exemple Ouest France parmi beaucoup d’autres, que cette féminisation confirme autre chose, dont on se doutait depuis plusieurs jours: «Sans un accord entre la France et l’Allemagne, l’Union européenne risque rapidement la paralysie.» Ça, c’est «un deal à la sauce Macron-Merkel», d’après L’Opinion, avec ce dessin de Kak (ci-dessous) qui en dit long. Comme par hasard, on a donc une Française et une Allemande aux deux postes les plus prestigieux, entourées de deux hommes, qui forment une «équipe à la fois très politique et très européenne», dit La Montagne. Mais surtout, «deux dames de fer à la tête de l’UE», résume la revue de presse de France 24.

Le quotidien de Clermont-Ferrand se réjouit enfin qu’«on ne donne pas dans le compromis mou qui a pu jadis faire sortir du chapeau des experts fades et peu incarnés. Les personnalités choisies, très euro-actives, ont prouvé leur capacité à agir et à faire entendre leur voix dans le monde. C’est aussi une réponse à l’Amérique et à la Chine». Et cette réponse, c’est: «Oui, l’Europe est de retour.» A confirmer.


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