«C'est le sentiment du déjà vu qui nous gagne tous». Jeudi soir, rares étaient ceux qui pouvaient contredire le président du parti pro-irlandais Sinn Féin. Il y a tout juste quatorze mois, c'était dans le même bâtiment à Stormont et durant des négociations marathons similaires que les dirigeants des partis politiques avaient conclu l'accord de paix du Vendredi-Saint. Et c'est bien là que s'arrête la comparaison. Depuis mercredi, c'est la mise en œuvre de l'accord que débattent les partis afin de sauver le processus de paix.

Au lendemain de la date-butoir fixée par les gouvernements, il n'y avait toujours aucun signe qu'un accord était possible. Un compromis autour de la question du désarmement des milices paramilitaires est nécessaire à la formation du cabinet ministériel, et au fonctionnement du gouvernement local ainsi qu'au transfert des pouvoirs de Londres à Belfast. En début de journée, des sources gouvernementales britanniques insistaient qu'un accord était encore possible. Sinon le premier ministre britannique Tony Blair n'aurait pas renoncé à assister à l'ouverture du parlement écossais s'il avait estimé que ses efforts seraient vains. Or, après une longue nuit de négociations, les positions apparaissaient plus tranchées que jamais. Le premier ministre probritannique et leader unioniste David Trimble a déclaré qu'il refuserait de rentrer dans un gouvernement aux pouvoirs partagés entre protestants-unionistes et catholiques-nationalistes. Et ce tant que l'Armée républicaine irlandaise (IRA) n'aurait pas déclaré que toutes ses armes seraient détruites d'ici au mois de mai de l'an 2000.

De son côté, le président du Sinn Féin, soit l'aile politique de l'IRA, a souligné que son parti était une formation purement politique et ne pouvait pas parler au nom du groupe armé. Il a ajouté que toutes ses propositions et déclarations avaient été rejetées par les unionistes, bien qu'elles aient été jugées «acceptables» par les gouvernements britannique et irlandais.

En fin de journée, Tony Blair et son homologue irlandais Bertie Ahern débattaient de la date à laquelle le désarmement devait commencer. Depuis le début des négociations, les deux hommes semblaient déterminés à s'en tenir aux termes de l'accord de paix. Selon le document, il n'y a aucune destruction d'armes nécessaire avant la formation du cabinet ministériel de la nouvelle assemblée nord-irlandaise.

L'avenir du processus de paix était de plus en plus menacé à mesure que les partis radicalisaient leurs positions. Les gouvernements devaient décider si les négociations de paix seraient ajournées. Le cas échéant, la mise en œuvre du processus de paix pourrait être suspendue jusqu'à la rentrée de septembre.

Le vide politique, alimenté par l'incapacité des partis à s'entendre, fait craindre de nouvelles violences lors de la marche controversée de l'Ordre d'Orange dans la ville de Portadown ce week-end. Le chef de la police a déjà indiqué que des groupes dissidents probritanniques loyalistes comptaient alimenter les tensions autour de la marche afin de tenter de déstabiliser le processus de paix.

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