Une foule de journalistes l’attendait sur les marches du Palais de justice de Paris où il est jugé depuis lundi. Elégant comme à son habitude, en costume bien taillé et coiffure soignée. A 15 heures Michel Neyret, 60 ans, est appelé à la barre où il se présente «comme un retraité de la police nationale avec une pension de 3200 euros par mois». Après trente-deux années de service, l’ex-numéro deux de la police judiciaire de Lyon a en fait été révoqué de la police en 2012 par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur.

Le procès des relations ambiguës entre policiers et informateurs 

Le commissaire aux états de service impressionnants est poursuivi pour corruption, association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants. Il comparaît aussi pour avoir fourni des renseignements et des services à des informateurs en échange d’un enrichissement personnel. Il encourt une peine de 10 années de prison. Il a entraîné dans sa chute son épouse, trois autres policiers, trois membres du milieu lyonnais ainsi qu’un avocat. Le procès, qui va durer trois semaines, sera sans nul doute celui des relations ambiguës entre policiers et informateurs ou indics, ainsi que de certaines méthodes policières dites «borderline».

Rappel des faits. Patron incontesté à 29 ans de l’antigang à Lyon, qualifié de meilleur flic de France, Michel Neyret est un patron adulé par ses équipes. Il est avec eux sur le terrain, se confronte aux risques. La griffe Neyret est émaillée de faits d’armes qui sont restés dans les annales de la police française. Comme l’arrestation en 2003 des trois évadés par hélicoptère de la prison de Luynes après une longue traque d’anthologie, succès qui lui vaudra d’être décoré de la Légion d’honneur.

Mais en 2011 une enquête de routine sur un vaste trafic international de stupéfiants fait apparaître le nom de Gilles Bénichou, figure du milieu juif lyonnais, déjà condamné à plusieurs reprises pour extorsions de fonds et corruption active. Neyret et Bénichou se voient plusieurs fois par semaine, se téléphonent tous les jours. Un indic pour Neyret qui lui donne des informations en échange de procédures judiciaires à son encontre «à mettre sous le coude». Du classique chez les policiers, plaide Neyret.

Un jeu trouble disséqué au tribunal

Le journaliste Richard Schittly, du Progrès de Lyon, qui connaît bien Michel Neyret et lui a consacré un livre*, explique: «Fils de mineur de l’Est de la France, Neyret va être fasciné par les juifs séfarades, leur chaleur humaine, leur côté clinquant. Il va finir par accepter des cadeaux, des voyages au Maroc, à Cannes, des montres de luxe, des Ferrari mises à sa disposition quelques jours. C’est un jeu trouble. Il dit qu’il s’agit d’obtenir de précieux tuyaux et le procès devra déterminer si oui ou non ces personnes lui ont permis de sortir des enquêtes.» Avant son interpellation, Michel Neyret avait ouvert au nom de sa femme un compte dans une banque suisse, sous couvert d’une société de Panama.

«Michel Neyret n’a pas vu que la police a changé»

Les écoutes téléphoniques sur Gilles Bénichou livrent le nom de Michel Neyret et mettent en évidence la pratique de rémunération occulte plus ou moins tolérée: une partie de la drogue saisie est détournée afin de payer les indics. Mises au jour, ces entorses déplaisent de plus en plus en haut lieu. «Michel Neyret n’a pas vu que la police a changé, que les récompenses avec des stupéfiants ou des arrangements, c’est fini. Les informateurs sont désormais recensés», souligne Richard Schittly. Michel Neyret est soupçonné d’avoir vendu 108 fiches de la Police judiciaire et sept d’Interpol à des membres du grand banditisme. Bénichou et son cousin Stéphane Alzraa auraient été les intermédiaires. Nicole Neyret a confié aux enquêteurs que son mari était devenu «un flic véreux».

Olivier Marchal, ancien policier devenu cinéaste, a pris la défense de Michel Neyret: «C’est un flic à l’ancienne, ce sont ses méthodes que nous employions tous dans les années 1990. On aurait pu tous tomber car on avait tous de la came dans nos tiroirs.» Lundi, l’ancien commissaire a commencé à faire son mea culpa: «J’ai été débordé par la situation et d’une imprudence absolue, pris dans la certitude de ma relation avec mes contacts.» Il a admis que la consultation de fichiers par ses informateurs s’apparentait à une violation du secret professionnel. «J’ai conscience des risques que ma démarche a fait encourir», a-t-il reconnu.


* «Commissaire Neyret, chute d’une star de l’antigang». Editions Tallandier