Comme les chasseurs avides d’exotisme qui prennent la pose la botte posée sur le cou d’une pauvre girafe, Donald Trump a son trophée: sa femme. Mais n’allez pas croire que Melania, le sculpturale mannequin d’origine slovène de 1,80 mètre, se contente de ce statut. Elle l’a encore démontré lundi soir, interviewée par Anderson Cooper sur CNN.

Plutôt sûre d’elle, Melania Trump, dans une robe blanche impeccable, a réussi l’impossible: paraître (presque) sincère en défendant son prédateur sexuel de mari, candidat républicain à la Maison-Blanche. Avec, il faut l’avouer, une certaine classe. Et, cette fois, sans plagier Michelle Obama. Melania, la femme aux yeux de panthère qui appelle son mari «Tiger», renvoie à bien plus que l’image de la belle posant, lascivement nue, sur une peau de bête.

Sens de la repartie

Sa force, c’est son calme et son sens de la repartie. Naturelle malgré sa couche épaisse de maquillage, Melania Trump ne donnait pas l’impression de réciter un cours appris par les conseillers de son mari. Bien sûr, il y a eu une charge contre les médias, «malhonnêtes», qui relayeraient les témoignages de femmes accusant Donald Trump de harcèlement sexuel et de gestes déplacés, «sans vérifier les faits». Elle prétend que c’est l’«opposition» qui a tout manigancé.

Mais, à propos de l’enregistrement de 2005 récemment dévoilé par le «Washington Post», où le milliardaire tient des propos vulgaires laissant entendre que son statut de star lui permet de faire ce qu’il veut avec les femmes, elle souligne que ses dires sont «inappropriés et inacceptables». «Et j’étais surprise, car ce n’est pas l’homme que je connais.» Avant de mettre la faute sur l’animateur Billy Bush, déclaré depuis persona non grata chez NBC: c’est lui qui aurait entraîné son mari vers ces discussions de «garçons».

Le registre du «je condamne, mais j’excuse»

Facile. En gros, Melania, dont le mari a qualifié Miss Univers 1986 de «Miss Piggy» et de «Miss Housekeeping», joue dans le registre du «je condamne, mais j’excuse». Pire, elle va d’ailleurs jusqu’à inverser les rôles: «J’ai vu beaucoup de femmes lui donner leurs numéros de téléphone portable parce qu’elles espèrent travailler avec lui. Ce n’est pas une attitude digne. Elles savent qu’il est marié.»

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Et puis, celle qui dépeint son mari comme «authentique» mais «cru», tente de jouer la carte de la sensibilité, comme pour dédramatiser la situation: «J’ai parfois l’impression d’avoir deux garçons à la maison: mon fils (Barron, né en 2006, ndlr) et mon mari.» Maligne. Melania, c’est la force tranquille pour contraster avec son homme de 24 ans plus âgé, le roi des excès, grossier, vulgaire et sexiste à souhait. En tout cas en public.

«N’ayez pas pitié de moi»

Femme forte et femme de tête, c’est cette image qu’elle a voulu donner d’elle. Celle d’une femme qui n’hésite pas à dire à son mari quand elle n’est pas d’accord. «Je suis une femme indépendante», déclare-t-elle au journaliste Anderson Cooper. Et, le sourire en coin: «J’ai le cuir épais. Ces accusations, bien que vilaines, ne me dérangent pas. Je sais gérer ce genre de situations.» Plus loin: «Je suis très forte. Les gens ne me connaissent pas vraiment. Ils pensent des choses à mon sujet, ils parlent de moi. «Oh, Melania, oh pauvre Melania... mais n’ayez pas pitié de moi: je peux affronter cette situation.» Convaincant? Vox préfère parler d’interview «pathétique» et «horrifiante». Mais par le seul fait qu’elle a dû défendre publiquement son mari – comme d’autres avant elle –, sans vraiment juger sa performance.

Melania la polyglotte, jusqu’ici plutôt discrète, a dû avaler plusieurs couleuvres. Et pas seulement celles liées à Donald Trump. Il y a eu l’affaire du plagiat du discours de Michelle Obama, déclenchée par son intervention, en juillet, à la convention républicaine de Cleveland. Puis, la polémique autour de sa venue aux Etats-Unis: elle a été accusée d’y avoir d’abord travaillé illégalement, avant d’obtenir sa green card, puis la nationalité américaine en 2006.

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A l’origine des doutes: des photos érotiques prises par le photographe français Alé de Basseville à New York en 1995 et ressorties pendant la campagne, alors que Melania avait toujours déclaré être arrivée aux Etats-Unis en 1996 pour travailler comme mannequin. Une controverse qu’elle a su assez vite éteindre, grâce à son avocat. Comme les doutes portant sur des lignes de son CV: Melania a simplement supprimé son site internet et toute trace du CV en question.

Ses faits et gestes sont scrutés

Puis, tout récemment, elle a menacé «People Magazine» de poursuites judiciaires, accusant une journaliste d’avoir inventé des propos. Avec toujours en toile de fond, des allégations contre un comportement inapproprié de son mari: Natasha Stoynoff l’accuse de l’avoir embrassée de force lors d’une interview à l’occasion de son anniversaire de mariage. «En quelques secondes il m’a poussée contre le mur et a enfoncé sa langue dans ma gorge», a écrit la journaliste.

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Les moindres faits et gestes de Melania sont scrutés, commentés, décryptés. Ses habits, aussi. Comme la robe Dior qu’elle portait lors de son mariage, en 2005 à Palm Beach. Valeur: 200 000 dollars. Et plus récemment, sa blouse Gucci, fuchsia, et son col lavallière, qui lui a valu des railleries. Parce que col lavallière se dit «pussy-bow» en anglais. Et que pussy renvoie aux propos outranciers de Donald Trump, qui dans l’enregistrement de 2005, déclare que les femmes peuvent être attrapées par leurs parties génitales. Un porte-parole du candidat a même dû préciser que le choix vestimentaire de Melania n’était pas intentionnel.


Ses dates-clés:

1970: Naissance de Melanija Knavs, le 26 avril, à Sevnica, Slovénie

1996: Commence sa carrière de mannequin international (Paris, Milan) et part s’installer à New York, après une année d’études en design et architecture à l’Université de Ljubljana

1999: Rencontre Donald Trump lors d’un défilé de mode

2001: Obtient sa green card

2005: Mariage avec Donald Trump. Naissance de Barron un an plus tard

2006: Devient citoyenne américaine