Jean-Luc Mélenchon a gagné son pari. En rassemblant plusieurs dizaines de milliers de sympathisants dans les rues de Paris ce dimanche, le leader de La France Insoumise (gauche radicale) démontre qu’il est peut-être sur le point de rééditer sa «remontada» de 2017, sur fond de poussée pour un vote utile en sa faveur au sein d’une gauche française disloquée. Il y a cinq ans, l’actuel député du quartier marseillais du Vieux-Port avait, dans les deux derniers mois de la campagne, réussi à passer d’environ 11% des intentions de vote à 19,6% au premier tour, ratant d’environ 700 000 voix la qualification pour la finale qui opposa Marine Le Pen (21,3%) à Emmanuel Macron (24,01%). Un bond largement dû à ses talents de tribun et à l’affaissement fatal de son rival socialiste de l’époque, Benoît Hamon (6,36% des voix): deux caractéristiques de nouveau au rendez-vous de 2022 puisque ni le candidat écologiste Yannick Jadot (qui plafonne autour des 6-7% des voix), ni le communiste Fabien Roussel (environ 4%), ni surtout la socialiste Anne Hidalgo (environ 2%) n’apparaissent en mesure de rivaliser avec lui.

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Pour celui dont le mot d’ordre de 2022 est «l’Union populaire», cette progression dans les sondages et cette mobilisation parisienne justifient a posteriori son refus de participer en début d’année à une primaire de la gauche, comme l’avait proposé la maire de Paris. A 70 ans, candidat à la magistrature suprême pour la troisième fois consécutive, Jean-Luc Mélenchon a en effet toujours dit qu’il est le mieux placé pour représenter les différentes forces progressistes face au président sortant, qu’il a combattu durant tout le quinquennat. Autre argument confirmé par cette campagne mise sous éteignoir par la guerre en Ukraine: La France insoumise dispose aujourd’hui, contrairement au Parti socialiste, d’une réelle base militante, en particulier du côté des jeunes. En février, un sondage de l’institut Harris Interactive le créditait ainsi du meilleur score chez les 16-25 ans avec 43% devant Emmanuel Macron (41%), Marine Le Pen (33%), et Christiane Taubira (32%). Cela, alors qu’il était déjà arrivé en tête du vote des 18-24 ans en 2017.