Langues

Même après le Brexit, l’Union Européenne ne dit pas encore «bye bye» à l’anglais

Une petite phrase de Jean-Claude Juncker relance les questions sur la place de l’anglais dans l’UE après le Brexit. Mais le retour de la suprématie de la langue française n’est pas encore pour demain

L’anglais va-t-il perdre de son influence au sein des institutions européennes et plus en Europe alors que le Royaume-Uni s’en va? Une petite phrase du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, prononcée à Florence le 5 mai, a en tout cas suscité l’émoi et provoqué l’agacement de la presse britannique.

A cette occasion, le président Juncker a déclaré qu'il préférait désormais s'exprimer en français, «car lentement mais sûrement l'anglais perd de l'importance en Europe.» Il plaisantait sur le fait que, très peu de personnes parlant sa langue maternelle, le luxembourgeois, il lui fallait choisir entre anglais et français, qui sont les deux langues de travail officielle de la Commission européenne.

La Commission a qualifié de «blague et rien de plus» cette intervention de son président. Mais la presse britannique y a vu un nouvel affront alors que les relations ne sont pas au beau fixe à l’entame des négociations sur le Brexit. Le 26 avril, Jean-Claude Juncker était allé diner à Londres avec Theresa May et avait qualifié cette rencontre de « désastre », selon des fuites peut-être savamment organisées par le chef de cabinet du président européen.

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Aucune consigne donnée

Ce n’est pas non plus la première fois que Jean-Claude Juncker taquine la langue anglaise, rappelle-t-on à la Commission, et il ne faut en aucun cas y voir une volonté d’instaurer une nouvelle pratique. Avec ses 24 langues officielles, l'UE ne risque pas de se passer de sitôt de ce vecteur commun qu'est l'anglais. Aucune consigne n'a en tout cas été donnée dans le cadre du Brexit. 

Pour la Fondation Robert Schuman qui scrute l’UE, la blague de Jean-Claude Juncker est peut-être moins anodine qu’elle n’en a l’air et peut même ouvrir une réflexion sur l’emploi des langues au sein des institutions. «Pourquoi s’obliger à parler la langue d’un pays qui nous quitte?», se demande Charles de Marcilly, responsable du bureau bruxellois de la Fondation.

Le Brexit pourrait ainsi en effet donner une nouvelle impulsion au français, ainsi qu'à l’allemand, qui est en proportion un peu moins parlé à Bruxelles. L’anglais restera une langue officielle au même titre que les autres, étant toujours parlée en Irlande et à Malte.

Un misérable globish pour sa parler

Mais il faudra peut être une génération pour opérer à nouveau ce changement. Ce ne serait en tout cas pas une mauvaise chose, estime Charles de Marcilly, car le niveau de l’anglais parlé dans les institutions, un anglais «globish», comme on l'appelle parfois, «est de qualité moindre et sans richesse.»

Selon un connaisseur de l'exécutif européen, le français est bien implanté dans les bureaux de la Commission et la suprématie de la langue anglaise que certains dénoncent «un peu un mythe». A l'écrit pourtant, le déséquilibre entre les langues officielles de travail est probant, la totalité ou presque des documents sortant en anglais. «Il faut faire des efforts pour que le français suive, ce qui dépend ensuite de la volonté de chacun», poursuit le même interlocuteur.

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