États-Unis

Même déclassé, l’ouragan «Florence» reste très dangereux et puissant

«Florence» s’est abattu vendredi matin sur la côte Est américaine, entraînant de graves inondations. Plus à l’intérieur des terres, l’attente provoque des réactions contrastées

Quand l’ouragan Florence rencontre Stormy Daniels, cela fait des étincelles. Jeudi soir, la star du X, qui s’est assuré une médiatisation maximale en raison de son conflit judiciaire avec le président Donald Trump, devait se produire dans un bar à strip-tease de Richmond, la capitale de la Virginie. Mais elle y a renoncé. A cause de Florence. Stormy Daniels ne s’est pas montrée au Papermoon, et a annulé dans la foulée deux autres dates de sa «tournée», à Columbia, en Caroline du Sud, et à Charlotte, en Caroline du Nord.

Comme pour conjurer le mauvais sort

L’ouragan a beau avoir été rétrogradé – il est passé jeudi soir en catégorie 1 sur l’échelle de Saffir-Simpson, qui en compte cinq, avant de devenir une tempête tropicale –, il fait peur tant il est imprévisible. Mais certains résidents de Richmond l’appréhendent avec plus de sérénité et de fatalisme que Stormy Daniels. «Comment je me prépare? Je vais simplement rentrer chez moi et je réagirai quand cela arrive», glisse, très zen, Tom, un Noir américain dans la soixantaine. «Ici, à l’intérieur des terres, il n’y aura probablement que de la pluie. Par contre, sur la côte…»

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Plus au sud, à Durham, en Caroline du Nord, les vents soufflent fort. Sur la route, de violentes averses ont surpris les automobilistes qui circulaient jeudi soir et des panneaux lumineux avertissaient du risque de débris volants. Mais chez Bull McCabe’s, un pub irlandais au centre de la ville, on préfère faire la fête comme pour conjurer le mauvais sort. Il fait chaud, extrêmement humide, les bières coulent à flots, la serveuse en short et marcel vient essuyer la salière et le poivrier mouillés «à cause de Florence» juste avant de vous servir son shepherd’s pie maison. Le mot hurricane est sur toutes les lèvres, mais l’ambiance reste résolument bon enfant. Sur les écrans, on passe un match de football américain. Pas les bulletins météo, ni les news alarmistes sur l’évolution du cyclone.

La baignoire, l’endroit le plus sûr

A quelques mètres de là, le patron de la trattoria Mothers and Sons se voit contraint de refuser des clients tardifs. L’explication est sur la porte: «Nous fermons ce soir à 21 heures en raison de l’ouragan Florence. Espérons que vos pâtes seront là demain. Croisons les doigts!» Il le regrette presque. «Effectivement, pas grand-chose ne se passe maintenant, mais j’ai préféré être prudent.»

Dans les hôtels aussi, la météo s’impose dans les conversations. Eva Torres, la manager de la chaîne Extended Stay America, accueille les clients avec une lettre posée sur le desk d’entrée.

«Restez dans votre chambre ou dans un endroit sûr jusqu’à ce que l’ouragan passe. C’est une bonne idée de remplir vos lavabos et baignoires avec de l’eau, étant donné que l’approvisionnement en eau pourrait être coupé pendant l’orage, ou contaminé», précise la missive. Avec une recommandation: la baignoire est bien l’endroit le plus sûr de la chambre.

New Bern, particulièrement touchée

L’état d’urgence a été déclaré dans les Etats de Caroline du Nord, de Caroline du Sud et de Virginie. Les villes côtières les plus menacées par l’œil du cyclone ont été évacuées – près de 1,7 million de personnes ont dû quitter le littoral – et, aux premières heures matinales de vendredi, l’ouragan a bien touché terre, du côté de Wrightsville Beach, avec des vents de 150 km/h et des risques d’inondations «catastrophiques».

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New Bern, ville fondée par des Suisses, est particulièrement touchée. Vendredi matin, 150 personnes, coincées chez elles, attendaient encore d’être secourues après avoir passé une nuit d’angoisse. Selon le Centre national des ouragans (NHC), l’eau a atteint les trois mètres dans certaines parties de la ville. Maisons barricadées, foyers d’urgence qui se remplissent, rayons de supermarchés qui se vident, arbres qui tombent: les images de villes fantômes ont défilé en boucle ces dernières heures sur les principales chaînes d’information. Sans oublier celles de reporters mouillés qui bravent les vents avec des vagues en arrière-fond. Selon le service météorologique national (NWS), environ 4,9 millions de personnes au total devraient subir des précipitations de plus de 25 cm dans les prochains jours. Plus de 300 000 foyers étaient encore sans électricité vendredi matin, en Caroline du Nord.

«Pas de triomphalisme, restez sur vos gardes!»

A Durham, pourtant encore peu touchée, deux foyers d’urgences de 600 places au total viennent d’ouvrir pour les personnes qui ont peur de rester chez elles. La Croix-Rouge a accueilli des milliers de personnes dans 36 foyers répartis dans les deux Carolines. Même si l’ouragan n’a cessé de perdre en intensité, il continue à être qualifié de «très dangereux et puissant» par les experts. La réaction de Donald Trump est désormais attendue. Le président avait particulièrement sous-estimé l’impact de l’ouragan Maria qui s’était abattu sur Porto Rico en septembre 2017, entraînant une vive polémique.

Roy Cooper, le gouverneur de Caroline du Nord, ne mâche pas ses mots: «Ne faites pas preuve de triomphalisme. Restez sur vos gardes. C’est une tempête puissante qui peut tuer. Aujourd’hui, la menace est devenue réalité.» Son inquiétude: des habitants forcés à l’évacuation cherchent déjà à retourner dans des zones sinistrées, alors que des pluies abondantes sont encore annoncées. D’autres, habitués aux ouragans, ont boudé les ordres des autorités. «La tempête est moins forte que prévu, mais je vais quand même filer un peu plus au nord», glisse Nancy, qui charge des réserves d’eau dans sa voiture, sur un parking de Durham. «On ne sait jamais.»

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