«Ce n'est pas une droite normale, c'est une droite fasciste.» A 93 ans, Indro Montanelli, l'une des grandes plumes de la presse, considéré comme une référence par les conservateurs italiens, vient de faire bruyamment irruption dans la campagne électorale pour les législatives du 13 mai prochain. Alors que Silvio Berlusconi est donné grand favori à la tête de sa coalition «Maison des libertés», l'ancien directeur du Corriere della Sera n'a pas hésité à dresser un parallèle entre l'homme d'affaires et Benito Mussolini: «J'en ai vu, de sales Italie depuis celle de la marche sur Rome, mais celle de Berlusconi est la pire. Jamais je n'avais vu autant de vulgarité et de bassesse.»

Le doyen des journalistes a fait part de sa préoccupation à la suite des attaques répétées de l'opposition contre une émission satirique de la télévision publique qui avait évoqué les liens que Berlusconi aurait entretenus avec la Mafia. Mais la prise de position de Montanelli n'est pas isolée. Quatre intellectuels de renom dont le philosophe Norberto Bobbio ont également lancé un appel à voter contre Berlusconi: «Ce n'est pas une question de droite ou de gauche: c'est la démocratie qui est en jeu.»

Comme en 1994, lorsqu'il avait été pendant sept mois à la tête du gouvernement, Silvio Berlusconi et ses alliés suscitent de nouveau de vives préoccupations. A l'époque, le président François Mitterrand avait même déclaré: «Il y a un risque de grave altération de la démocratie; le moment est venu de dire: attention, danger!» Cette fois, ce ne sont pas tant les postfascistes de Gianfranco Fini que le candidat Berlusconi lui-même et la Ligue du Nord qui provoquent de sérieuses inquiétudes. Première fortune du pays, Silvio Berlusconi n'a toujours pas résolu le conflit entre ses intérêts privés et sa fonction publique. Magnat de la communication contrôlant les trois principales chaînes commerciales de la péninsule, il est présent dans de multiples secteurs allant des assurances à la publicité en passant par la banque ou les télécommunications.

Aux prises avec la justice pour diverses affaires de malversations, «Berlusconi, s'inquiètent les signataires de l'appel, a déclaré vouloir […] adopter une loi qui subordonnerait le pouvoir judiciaire au pouvoir politique. En outre, Berlusconi, qui est encore sous enquête pour divers délits, dont un relatif à la Mafia, insulte les juges et cherche à les délégitimer de toutes les manières, un fait qui n'a pas d'équivalent dans le monde.»

La Ligue du Nord, avec ses discours xénophobes, constitue un autre sujet de polémiques, bien qu'elle soit en recul électoralement. Brandissant la menace d'une «invasion immigrée et musulmane», son dirigeant Umberto Bossi a récemment réaffirmé sa volonté d'ériger une «barrière de 260 kilomètres de long» sur la frontière nord-est de l'Italie pour bloquer les clandestins.

Tout en écartant l'hypothèse de sanctions européennes a priori comme ce fut le cas en Autriche avec Jörg Haider, l'ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, a lui aussi fait part de son trouble: «Un mouvement xénophobe et anti-immigrés au gouvernement dans un grand pays comme l'Italie constituerait un péril réel pour l'Europe.» Le mois dernier, le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, avait déjà traité Bossi de «fasciste» tandis qu'un éditorialiste du Financial Times prédisait une «tempête» en Europe en cas de victoire de la Maison des libertés. «Il n'y a pas meilleur que moi sur la scène mondiale», avait répliqué Silvio Berlusconi.

Contre-offensive de la droite

Une partie de la gauche estime néanmoins qu'il est erroné de diaboliser Berlusconi. Quatre responsables de la majorité ont même publié un «appel contre la mauvaise foi politique» dans le quotidien Il Foglio, proche du leader de la droite. «Le conflit d'intérêts demeure une question très importante, et, en campagne, je dirai à mes électeurs que Bossi est un populiste, un homme vulgaire et ignorant, mais la démocratie italienne est solide et dispose de nombreux contre-pouvoirs», précise le sénateur Franco Debenedetti, l'un des signataires du texte.

En attendant, la droite est partie à la contre-offensive en laissant entendre que Montanelli était non seulement un ingrat ayant été directeur du Giornale (propriété de la famille Berlusconi) jusqu'en 1994, mais aussi qu'il était atteint de sénilité. A la suite de sa prise de position anti-Berlusconi, Indro Montanelli a néanmoins reçu plusieurs messages de menaces.