La presse britannique a sorti la grosse artillerie mercredi pour extraire et commenter les phrases les plus lourdes de sens animant les amusants Mémoires compassés de l’ex-locataire de Downing Street. Qui se prend, logiquement, quelques sacrées claques en retour (LT du 01.09.2010).

Sortez les mouchoirs. L’ex-premier ministre britannique Tony Blair se dit «extremely sorry» – «profondément désolé», traduit l’Agence France-Presse – des morts de la guerre en Irak, selon des extraits de ses Mémoires, A Journey (Un Voyage), publiés mardi, qui constituent le récit de la décennie qu’il a passée à Downing Street. Désolé, oui, constate non sans ironie le Yorkshire Post, mais il maintient tout de même qu’il était juste de déboulonner Saddam Hussein, tout en affirmant ressentir un sentiment «d’angoisse» et ne pas «pouvoir regretter la décision de partir en guerre»: «Blair «can’t regret» fateful Iraq decision», titre à la une le Financial Times. Car «nous n’avions pas anticipé le rôle d’Al-Qaida ou de l’Iran» dans la planification de l’après-conflit», admet Tony Blair.

Mais il se garde bien, se moque le Daily Mail, de faire «une évaluation réaliste du nombre de victimes civiles résultant de l’invasion et la guerre civile déclenchée dans ce malheureux pays [qu’est l’Irak]. Et si l’on veut être honnête, il convient d’ajouter au total des sinistres sa politique, largement oubliée, de sanctions après la première guerre du Golfe en 1991». «Il ne voit toujours pas l’étendue de ses crimes», écrit encore ce journal. Le Daily Telegraph montre à ce propos une photographie très explicite de lui (du style caniche; voir ci-dessus) avec George W. Bush à Camp David, où les deux hommes apparaissent comme de tragiques pantins va-t-en-guerre. Une figure que le Mirror juge méchamment «messianique», «soucieuse de faire son appel d’offres à un président américain qui a entrepris cette guerre en ignorant les voix appelant à la prudence».

Tony Blair a annoncé en août qu’il reverserait la totalité des bénéfices de son autobiographie à une association caritative qui vient en aide aux anciens combattants blessés. Le Times de Londres se demandait d’ailleurs, il y a deux semaines déjà, s’il cherchait à tourner la page avec cette donation de 5 millions de livres [près de 8 millions de francs]: geste généreux ou réparation coupable? Le Guardian, qui publie de larges extraits du livre et a sorti l’artillerie lourde sur le Net, pose et repose la question dans tous les sens. Il a aussi ouvert mercredi matin un blog suivant en direct la promo de Tony Blair et ce qu’en disent les médias.

Ces Mémoires, qui «agacent les Britanniques» parce que leur auteur «a fait fortune en monnayant ses interventions à l’étranger», analyse Libération, sont donc arrivés mercredi dans les librairies. Channel 4 indique qu’«ils couvrent tous les événements de sa vie politique, de son élection en tant que leader du Parti travailliste en 1994 à la mort de Diana (sa fameuse «princesse du peuple»), avec ses discours, les pourparlers de paix en Irlande, la guerre en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan, et la lutte contre le terrorisme». De quoi figurer déjà au 11e rang des best-sellers du site Amazon UK. C’est dire s’ils étaient attendus. Sans doute aussi parce qu’il est devenu un secret de Polichinelle que l’ex-premier ministre y éreinte sérieusement son malheureux successeur, estimant que le mandat de ce dernier à la tête du gouvernement a été «un désastre», ce sur quoi insiste lourdement une vidéo de Sky News.

Alors, ce Gordon Brown? «Brillant», juge-t-il, mais aussi «exaspérant» («maddening», précise le site Wales Online ). Et «difficile», selon les images de la BBC. En un résumé presque terrifiant, il écrit: «Calcul politique, oui. Sentiments politiques, non. Intelligence d’analyse, absolument. Intelligence émotionnelle, aucune.» A tel point qu’il voulait le «virer» lorsqu’il était son chancelier de l’Echiquier, précise le Herald Scotland. Il savait donc que comme premier ministre, cet homme aux capacités que le Yorkshire Evening Post juge «surestimées», «ce serait un désastre», renchérit le Scottish Daily Record.