«Les funérailles ont compris à la fois des messages religieux et politiques […] Des versets bibliques et coraniques ont été lus. On a pu aussi entendre des pièces classiques et populaires. L’ancien chanteur des Barenaked Ladies Steven Page a notamment interprété la pièce «Hallelujah» du Montréalais Leonard Cohen», relatait Radio-Canada. C’était samedi dernier à Toronto, pour les obsèques nationales de Jack Layton, souvent appelé par son prénom. Atteint d’un cancer, le leader de l’opposition s’était retiré de la direction du Nouveau parti démocratique (NPD) à fin juillet, avant de succomber le 22 août, à 61 ans.

«Jack avait un rapport avec les Canadiens qui transcendait le cynisme contre les politiciens», a déclaré le révérend Brent Hawkes, un ami de longue date du politicien, cité aussi par Radio-Canada, qui a consacré vidéos et galerie d’image biographique au disparu.

Emoi national

La mort de Jack Layton a provoqué dans le pays, et sur les réseaux sociaux, un «déferlement d’amour et de respect», relevait Le Devoir. Longtemps cantonné à la politique locale à Toronto, ce natif d’une banlieue de Montréal s’était illustré par ses combats pour les aînés, les chômeurs et les droits des homosexuels, entre autres. Non sans populisme, accusaient ses adversaires.

Politiquement, il a porté haut le NPD (formation de gauche), grand vainqueur, après les conservateurs du premier ministre Stephen Harper, des élections fédérales de mai (notre Toile francophone 6 mai). Dans le camp de l’opposition, le NPD a fait le vide d’air autour de lui, aspirant des voix chez les libéraux. Le succès a été particulièrement spectaculaire au Québec, où le succès de la nouvelle opposition a provoqué l’écroulement des indépendantistes du Bloc Québécois.

Lettre posthume: «L’espoir est meilleur que la peur»

L’émotion suscitée par la disparition du Montréalais a été amplifiée par le fait que deux jours avant sa mort, il donnait à sa femme Olivia Chow, elle-même députée NPD, une «lettre posthume à mes concitoyens» (sur le site du Devoir). Il chargeait sa compagne de la rendre publique à son décès. Non sans panache, le président du NPD adoubait sa successeure, saluait ses électeurs et ses collègues de parti, avant de dire ses espoirs: «Et finalement, j’aimerais rappeler à tous les Canadiens que le Canada est un magnifique pays, un pays qui représente les espoirs du monde entier. Mais nous pouvons bâtir un meilleur pays, un pays où l’égalité, la justice et les opportunités sont plus grandes.»

Il concluait par ces mots, vite, et massivement, relayés sur les réseaux sociaux:

«Mes amis, l’amour est cent fois meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. L’optimisme est meilleur que le désespoir. Alors, aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde.

Chaleureusement.»

«Un débordement unique»

Le Devoir citait également le politologue de l’Ecole nationale d’administration publique, Christian Dufour, lequel notait qu’«une telle unanimité et un tel débordement d’amour sont uniques. […] C’est parce que c’était un homme ordinaire auquel tout le monde s’identifiait et qu’il a touché le sommet et le fond. Il représente le côté du Canada anglais que les Québécois aiment.»

Ou presque. Dans les rangs des souverainistes québécois, l’analyse n’était pas tout à fait partagée, comme le montre cette opinion publiée par Cyberpresse: l’auteur relève certes qu’avec «son abord amical» et «sa belle énergie», le politicien était devenu «quasi irréprochable», mais c’était avant tout «un fédéraliste centralisateur qui transportait une idéologie dangereuse pour la nation canadienne-française. Qui oeuvre au maintien d’un Canada fort travaille à l’encontre de l’avènement d’un pays français d’Amérique. Nul ne peut servir deux maîtres.»

Un «effet Jack»? Voire…

Quoiqu’il en soit, dans l’immédiat, «l’effet Jack» a profité à son parti, relevait mercredi l’agence La Presse Canadienne, sur la base d’un sondage: le NPD grimpait à 33% de sympathisants, trois points de plus qu’au précédent coup de sonde, «à égalité avec les conservateurs au pouvoir, mais bien en avance sur les libéraux, qui sont à 21 pour cent des intentions de vote.»

Il n’empêche que la perte du leader charismatique risque bien, à terme d’affaiblir la formation si rapidement propulsée à la deuxième place. Le Devoir résume: «Le Parlement canadien ne sera plus jamais le même à la suite de la mort de Jack Layton. Le duel tant attendu entre un premier ministre aguerri et impitoyable et un leader charismatique capable de lui tenir tête sur le plan des idées et des principes n’aura pas lieu. Pire. Armé de sa majorité, Stephen Harper fait maintenant face à une opposition affaiblie […]. Ce flottement lève la moindre pression qu’aurait pu ressentir le chef conservateur à la reprise des travaux parlementaires le 19 septembre […].»

Chaque vendredi, une actualité de la francophonie dans «La Toile francophone», sur www.letemps.ch