Le système judiciaire américain ne cesse de surprendre. Jacob Lavoro, 19 ans, s’est fait arrêter en avril après que la police eut trouvé dans son appartement des brownies et des biscuits au haschich pesant au total 635 grammes. Furent également saisis de l’huile de cannabis et de la marijuana. Ce jeune homme de Round Rock au Texas encourt au pire une peine d’emprisonnement à vie pour avoir détenu plus de 400 grammes de substances interdites et au mieux une peine de dix ans de réclusion. Les lois texanes punissent beaucoup plus sévèrement la détention d’extraits résineux que de marijuana. La peine minimale pour détention de cannabis est 20 fois plus sévère que celle appliquée aux cas de détention de marijuana. Or les teneurs en THC ne sont pas forcément plus élevés dans les concentrés que dans la marijuana produite actuellement.

L’absurde ne relève pas que de la menace d’une condamnation à la prison à vie, mais aussi du fait que pour évaluer le crime, la Justice texane ne s’est pas embarrassée de mesurer le seul poids de l’huile de cannabis et le cannabis utilisés. Elle s’est référée au poids des brownies et des biscuits. Jacob Lavoro se trouve ainsi inculpé pour crime de premier degré. De plus, s’il s’était contenté de faire des brownies avec des bourgeons de marijuana, il aurait écopé d’une peine de six mois au minimum et de deux ans au maximum.

Aux Etats-Unis, le cas de Jacob Lavoro a suscité un tollé national. Certains fustigent les graves travers de la guerre contre la drogue menée par l’Etat fédéral et les Etats eux-mêmes. Au Texas, le premier adjoint du procureur du comté de Williamson Mark Brunner est resté inflexible. «En tant que procureurs, nous sommes liés par la loi telle qu’elle est, non pas par la loi telle qu’elle devrait ou pourrait être.» Or plusieurs experts pénaux en sont convaincus. Mark Brunner aurait les compétences pour renoncer à chercher à appliquer une sentence totalement disproportionnée par rapport à la faute commise. Pour l’illustrer, il suffit de penser que Jacob Lavoro n’aurait pas subi la moindre condamnation dans le Colorado et peut-être bientôt dans l’Etat de Washington.

La situation de Jacob Lavoro est d’autant plus choquante qu’il n’est pas rare de voir des cas aux Etats-Unis où des conducteurs négligeant ayant tué des piétons qui marchaient normalement sur un passage piétonnier au feu vert s’en sortent avec un emprisonnement minimal. Autre cas plus emblématique encore: se reposant sur les lois de légitime défense appelées «Stand your Ground» ou «Castle Doctrine», des citoyens américains ont pu tuer des gens qui avaient volontairement ou involontairement foulé le terrain de leur propriété sans faire l’objet de la moindre enquête. Ces lois permettent à tout individu qui se sent menacé de mort ou dans son intégrité corporelle d’utiliser son arme à feu pour se protéger. Elles ont donné lieu à des dérives préoccupantes, notamment en Floride où deux jeunes Afro-Américains ont été abattus parce qu’ils auraient représenté une menace. Or le premier, Trayvon Martin, n’était pas armé et le second, Jordan Davis, n’était pas armé, mais écoutait de la musique trop fort dans une voiture garée à une station d’essence.