Il l’a fait savoir à tout le monde: Dominique de Villepin s’attend à être condamné, ce jeudi matin, lorsque tombera le verdict du procès Clearstream. L’ancien premier ministre risque 18 mois de prison avec sursis et 45 000 euros (environ 66 000 francs) d’amende, s’il est reconnu coupable de complicité dans la propagation des faux listings bancaires mettant en cause Nicolas Sarkozy.

La peine, paraît-il, ne l’effraie pas. Mieux: il l’attend comme un «acte fondateur», qui lui permettra de se présenter comme la victime expiatoire d’un «procès politique», orchestré par le président de la République. «Il s’est passé un truc entre lui et les Français durant le procès», assure un proche. Et, en cas de condamnation, il n’aura pas d’autre choix que «d’aller jusqu’au bout» – en se présentant à l’élection présidentielle de 2012.

La perspective inquiète sincèrement le camp sarkozyste. Des messages, enjoignant à Dominique de Villepin de ne pas «commettre l’irréparable», ont été passés via l’un de ses fidèles, le député Guy Geoffroy. «Il a encore de beaux jours devant lui, à condition de ne pas se présenter dans le seul but de faire perdre la droite», explique une source bien introduite à l’Elysée.

«Fou authentique»

Car, même s’il fait le «score misérable» que lui prédit le pouvoir, l’ancien chef du gouvernement, qui n’a jamais été élu, pourrait grappiller juste assez de voix pour faire trébucher Nicolas Sarkozy en cas d’élection serrée.

La réconciliation entre les deux ennemis est-elle possible? La lecture d’un livre paru mercredi, Villepin, La verticale du fou*, permet d’en douter. On y voit Dominique de Villepin se comparer à un «chef de réseau» de la Résistance durant l’occupation allemande. Lorsqu’on lui parle du président – qu’il traite de «buveur de Coca-Cola» ou de «Monsieur Sans-Gêne» –, il s’échauffe, selon le mot de l’ex-ministre Dominique Perben, «comme une chaudière dont on enlève le cran de sécurité».

De son côté, Nicolas Sarkozy voit en lui un «fou authentique». A plusieurs reprises, devant des journalistes, il a fait le geste de présenter ses poignets, comme s’ils étaient menottés. Manière de montrer qu’il croit dur comme fer à la condamnation de Dominique de Villepin.

Alors, l’ancien premier ministre fait mine de se préparer à l’échéance suprême. Il a fondé un club, rêve tout haut de le transformer en parti, multiplie les déplacements sur le terrain, au contact de la population.

Mais, dans son entourage, on assure qu’aucune décision n’a été prise concernant une éventuelle candidature présidentielle. «On n’en est pas encore là du tout», explique le député villepiniste Hervé Mariton. «Il est dans la majorité, pas en dehors de la majorité», observe son collègue Guy Geoffroy. «C’est un homme responsable, qui a toujours prôné le rassemblement», ajoute son ancien porte-parole, le Franco-Suisse Frank Melloul.

D’aucuns esquissent même un genre de scénario idéal. Dominique de Villepin est relaxé. Nicolas Sarkozy, qui l’avait hâtivement décrit comme «coupable» à la télévision, accepte le verdict et lui confie une mission symbolique signalant son retour aux affaires. La droite part unie au combat de 2012.

De toutes les manières, l’ancien bras droit de Jacques Chirac veut peser sur la scène politique. «Sarkozy n’aura pas d’autre choix que de régler le cas Villepin s’il veut être candidat à sa propre succession, avertit l’un de ses proches. Et il ne réglera pas son cas en le tuant, ce qui était l’objectif du procès Clearstream.»

* Villepin, La verticale du fou, Anna Cabana, Paris, Flammarion, 2010.