A peine Masih Alinejad a été mise au courant des détails du plan de kidnapping qui la visait qu'elle a demandé à être entendue par l'administration Biden. Lundi, la journaliste et dissidente iranienne en exil à New York a obtenu ce qu'elle voulait: elle a pu s'entretenir par téléphone avec le Secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, pendant une quinzaine de minutes. Ce dernier a ensuite loué sur Twitter son «immense courage». Il lui a précisé que «les Etats-Unis soutiendront toujours le travail indispensable des journalistes indépendants dans le monde entier». «Nous ne tolérerons pas les efforts visant à les intimider ou à les faire taire», a-t-il ajouté.

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Exfiltration en bateau

Masih Alinejad n'a aucune intention de se taire. Activiste, elle est à l'origine de plusieurs mouvements de désobéissance civile pour inciter les Iraniennes à ne plus porter le hijab. Des actions qui ont connu un immense succès sur les réseaux sociaux. Elle a quitté l'Iran en 2009, puis s'est réfugiée aux Etats-Unis en 2014, où elle vit depuis, à New York. Elle a souvent fait l'objet de menaces, son frère a été condamné en été 2020 à huit ans de prison pour le seul fait de l'avoir soutenue dans son combat et de l'avoir avertie d'un complot pour la kidnapper mis en place dès 2018, mais Masih Alinejad continue de dénoncer avec vigueur les exactions du régime, les exécutions sommaires et les droits des femmes bafoués. 

Le 13 juillet, la justice américaine a annoncé l'inculpation de quatre agents du régime iranien et l'arrestation d'une femme en Californie, libérée depuis sous caution. Masih Alinejad, sous protection rapprochée du FBI depuis neuf mois, prend alors connaissance des détails du plan d'enlèvement: des individus envisageaient notamment de l'exfiltrer de New York via un bateau censé l'emmener d'abord au Venezuela. Une technique habituelle du Renseignement iranien. Rouhollah Zam, journaliste et dissident réfugié à Paris, a par exemple été transféré en octobre 2019 en Irak, d'où il a été emmené de force en Iran, puis exécuté par pendaison le 12 décembre 2020. 

«Scénarios hollywoodiens»

Le jour de l'annonce de l'inculpation des agents iraniens qui la suivaient par le biais de détectives privés, Masih Alinejad a haussé le ton vis-à-vis de l'administration Biden. Egalement citoyenne américaine, elle déplore de ne pas pouvoir s'y sentir en sécurité. Mais elle a aussi regretté que les pourparlers pour tenter de sauver l'accord sur le nucléaire iranien se poursuivent.

Lundi, Antony Blinken lui a exprimé son soutien et lui aurait assuré tout faire pour poursuivre la procédure dans cette tentative d'enlèvement sur sol américain. Or les quatre hommes visés par l'inculpation seraient actuellement en Iran, libres. La journaliste a, de son côté, attiré son attention sur le sort des ressortissants occidentaux emprisonnés en Iran. «En ce moment même, il y a des otages américains, britanniques, allemands, suédois et français dans les prisons de la République islamique. Il est temps que les Etats-Unis s'unissent à l'UE pour faire avancer la cause des droits de l'homme en Iran», insiste-t-elle sur Twitter.

Elle appelle le chef de la diplomatie américaine à «rencontrer les différents groupes d'opposition afin de se faire une idée plus large de la situation». «Les meurtres, les enlèvements et les exécutions sont dans la nature du régime de la République islamique», écrit-elle encore. 

Soucieuse de dévoiler le plus possible de sa conversation avec Antony Blinken et de médiatiser son affaire, elle affirme que le Secrétaire d'Etat lui a déclaré que l'administration Biden «prend les menaces de la République islamique très très au sérieux» et qu'elle est «consciente de la façon dont le régime de Téhéran cible les dissidents aux Etats-Unis et en Europe». «Il m'a assuré que les Etats-Unis tiendraient le régime responsable de ce complot», ajoute-t-elle encore.

La semaine dernière, la Maison-Blanche a «condamné catégoriquement» la tentative d'enlèvement. Mais pour Téhéran, il ne s'agit que de «scénarios hollywoodiens».