cyberguerre

Menaces dans le cyberespace

Les conflits militaires se déclinent désormais sur le Web. Personne n’est à l’abri

Israël a la réputation d’être bien protégé, quel que soit le type d’attaque envisagé. Pourtant, deux attaques en deux semaines montrent les difficultés à se prémunir contre les cyberattaques. Pour Solange Ghernaouti-Hélie, professeure à la faculté des HEC de l’Université de Lausanne et experte dans le domaine de la cybercriminalité*, les conflits économiques ou militaires se déclinent désormais dans le cyberespace.

Le Temps: Comment caractériser la cyberguerre? Solange Ghernaouti-Hélie: Pour gagner une guerre, il a toujours fallu maîtriser l’information tant sur le plan stratégique qu’opérationnel. Avec Internet et le cyberespace, cette guerre de l’information prend une autre dimension. L’évolution est quasiment naturelle: à côté des théâtres d’opérations traditionnels, terre, mer, air, il y a désormais le monde virtuel. Chaque conflit se décline sur le Net. Tous ceux qui sont présents sur la Toile peuvent être ciblés, un individu, une entreprise, aussi bien qu’un Etat. Spécificité du monde virtuel, l’origine de l’attaque reste obscure s’il n’y a pas de revendication. L’identité de l’attaquant est cachée derrière des intermédiaires, techniques, humains ou géographiques. La responsabilité des cyberattaques est d’autant plus difficile à établir. – En va-t-il de la cyberguerre comme de la guerre? – En l’occurrence, les attaques informatiques ciblent des systèmes informatiques via d’autres systèmes. Pourtant, les conséquences des attaques peuvent tout à fait être fatales. Lorsque l’attaque vise des infrastructures indispensables à la vie d’un pays. Si un hôpital est empêché de fonctionner, les conséquences en sont dramatiques. Certaines cyberattaques doivent être considérées comme des actes de guerre. Les attaques informatiques offensives se couplent avec des stratégies militaires classiques, afin de fragiliser les défenses de l’adversaire, le leurrer, déstabiliser son renseignement, contribuer à altérer son processus de décision, neutraliser voire paralyser des centres stratégiques. Plus les Etats sont développés, plus leur capacité militaire et leur pouvoir économique sont dépendants des technologies de l’information. Ils sont alors davantage vulnérables aux attaques informatiques et donc d’autant plus fragilisés. – La Suisse est-elle protégée? – Certaines structures ont su se protéger, notamment les plus importantes. Les banques ont été victimes de vols à l’interne, mais pas de cyberattaques réussies. Au niveau national cependant, la Suisse a un peu de retard par rapport à ses voisins, elle ne met en place qu’aujourd’hui une stratégie nationale de cybersécurité pour la cyberdéfense. Mais même ceux qui sont à la pointe de la sécurité informatique n’arrivent pas à se prémunir totalement. Israël a montré sa vulnérabilité. RSA Security, entreprise spécialisée dans la sécurité informatique, s’est fait pirater en mai 2011, des fichiers sensibles ont été dérobés. Parmi eux, celui d’un de ses clients, la compagnie d’armement américaine Lockheed Martin. Personne n’est donc à l’abri.

Publicité