L'explosion du pétrolier français Limburg au large du Yémen le 6 octobre dernier avait fait craindre un déplacement du terrorisme sur le front maritime. Les inquiétudes se confirment. De nombreux ports européens accueillant des ferry-boats ont effectivement été placés en état d'alerte dans la perspective d'éventuelles attaques. C'est ce qu'ont annoncé mardi les autorités portuaires britanniques et des responsables du gouvernement. Le niveau «urgence renforcée» a été décrété. C'est le plus haut enregistré depuis la mise en place du système d'alerte introduit il y a deux ans.

Fouilles de camions

David Osler, journaliste au Lloyd's list – qui fait autorité auprès des armateurs et affréteurs maritimes et qui a révélé l'affaire, assure que bon nombre de ports d'Europe continentale ont renforcé leur sécurité dès le week-end dernier, craignant un attentat au camion piégé. L'alerte, vraisemblablement donnée par le FBI, mentionnait en effet la possibilité d'un attentat entre vendredi et lundi. Vendredi, le Ministère britannique des transports avait diffusé un message à l'industrie maritime, tout en minimisant les risques.

Les autorités britanniques ont déclaré qu'elles procédaient à des fouilles de camions, choisis au hasard dans les ports, ainsi qu'à l'interrogatoire de leurs chauffeurs. «Nous avons reçu plusieurs informations montrant que les ports du pays, dont Douvres, doivent encore renforcer leur sécurité à l'approche de Noël», a précisé sur la BBC Robin Dodridge, responsable de la sécurité du port de Douvres, situé sur la côte Sud de l'Angleterre. Une alerte à la bombe avait provoqué la fouille complète de ce port vendredi dernier. Le premier ministre britannique Tony Blair, dans un discours prononcé lundi à Londres, a mis en garde ses concitoyens tout en exhortant la société à ne pas «se laisser paralyser par la peur».

Mais la menace ne semble pas cantonnée à la Grande-Bretagne. La compagnie hollandaise de ferries Stena Line a indiqué hier à l'AFP qu'elle avait été avertie jeudi par les autorités néerlandaises d'une «possible action terroriste qui aurait consisté à embarquer un camion bourré d'explosifs sur un ferry au départ d'un port en Europe». «Selon ces informations, cette action, si elle avait eu lieu, se serait produite le samedi 9 novembre», a déclaré Pim de Lange, le directeur de Stena Line aux Pays-Bas. La BBC affirme que les services de sécurité français et néerlandais avaient prévenu que des terroristes pourraient conduire un camion bourré d'explosifs sur un ferry-boat à destination de la Grande-Bretagne.

En France justement, les ferries se trouvant près de Calais sont eux aussi soumis à plus de contrôles. «A l'intérieur du port, la sécurité a aussi été renforcée depuis jeudi, avec davantage de patrouilles autour du port et davantage de contrôles des bagages des étrangers», souligne Jean-Denis Pingot, un responsable du port. Marseille a également été alerté.

Les gardes-frontière polonais ont de leur côté annoncé avoir multiplié les contrôles sur toutes les liaisons ferry, à la recherche de matériaux explosifs. «Les gardes-frontière polonais ont été mis en état d'alerte le 9 novembre. Des équipes spécialisées en détection d'explosifs, accompagnées de chiens, mènent des contrôles plus intensifs des personnes et transports routiers quittant les ports polonais», a expliqué leur porte-parole. La Lituanie, voisine de la Pologne, redouble elle aussi de vigilance quant à son port de Klaïpeda, situé sur la Baltique. Le président américain George Bush y est attendu les 22 et 23 novembre après le sommet de l'OTAN à Prague.