Conseil des droits de l’homme

Les menaces d'un diplomate russe fan de «Game of Thrones»

«Nos lames sont aiguisées.» Un diplomate russe puise dans la série «Game of Thrones» pour menacer un activiste genevois. L’ONU prend l’affaire au sérieux

A priori, les débats feutrés du Conseil des droits de l’homme n’ont rien de commun avec la série «Game of Thrones». Et pourtant. Le représentant d’une ONG a reçu dernièrement via le réseau social Twitter une citation tirée de la sanglante série et accompagnée par un emblème montrant un homme supplicié sur une croix. «Nos lames sont aiguisées.» Les connaisseurs auront reconnu la devise des seigneurs Bolton, l’une des maisons guerroyant pour conquérir le trône de fer.

Le destinataire de ce message a peu goûté la référence. «Je ne me sens pas particulièrement en danger mais c’est symptomatique du climat d’intimidation contre les défenseurs des droits de l’homme qui travaillent sur la Russie», s’inquiète le Genevois Florian Irminger, le représentant de l’ONG Human Rights House Foundation, un réseau d’associations défendant les libertés en Europe de l’Est.

Car, pour une fois sur les réseaux sociaux, l’auteur des menaces a été démasqué: il s’agit d’un diplomate russe qui siège au Conseil des droits de l’homme. Florian Irminger est stupéfait: «Il était à 20 mètres de moi, la preuve d’un sentiment d’impunité total». Dissimulé derrière un compte Twitter anonyme, il envoyait régulièrement des messages d’insultes à des membres d’ONG critiquant la politique de Moscou. Le fameux tweet a été posté le 24 mars dernier, à la fin de la dernière session du Conseil des droits de l’homme. Les diplomates russes à Genève bataillaient alors contre une résolution, finalement adoptée, en faveur des défenseurs des libertés.

Moscou reconnaît

L’ONU prend au sérieux cette affaire. Car les représailles contre les activistes qui viennent témoigner devant le Conseil des droits de l’homme se multiplient. Elles sont toutefois rarement exercées directement à Genève, et encore moins par des diplomates. Le cas le plus tragique est celui de Cao Shunli, une militante chinoise morte en détention après avoir été arrêtée en septembre 2013 à l’aéroport de Pékin en chemin pour Genève.

Alerté à propos du diplomate russe, le président du Conseil des droits de l’homme pour cette année, l’ambassadeur sud-coréen Choi Kyonglim, a dénoncé, lundi en ouvrant la session de juin du Conseil, une «menace sérieuse et totalement inacceptable». Sans jamais nommer Moscou, le président dit avoir interpellé l’ambassadeur russe à Genève. «Il a reconnu qu’un membre de la délégation avait commis cet acte extrêmement regrettable» mais il s’agirait d’une initiative personnelle sans intention de menacer quiconque, a poursuivi le Sud-coréen. Le coupable a été «réprimandé», selon les explications données par la mission russe au président du Conseil. Lequel promet de rester vigilant.

Pourtant, le fan de «Games of Thrones» siégeait bel et bien au nom de la Russie lundi dans la salle du Conseil des droits de l’homme. «Les Etats doivent suspendre leurs diplomates, qui mènent des campagnes de diffamation ou d’intimidation contre les défenseurs des droits de l’homme», réclame Maria Dahle, la directrice de Human Rights House Foundation. La mission russe n’a pas répondu à nos sollicitations.

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