Le procureur général iranien a lancé mardi un avertissement à Mir Hossein Moussavi, l’un des dirigeants de l’opposition au président Mahmoud Ahmadinejad, qui était par ailleurs bloqué par des manifestants dans son bureau à l’Académie des beaux-arts de Téhéran. Le procureur général Gholamhossein Mohseni Ejeie a affirmé lors d’une conférence de presse qu’il n’y aurait plus de «tolérance» à l’égard de l’ancien Premier ministre et d’autres responsables de l’opposition qui contestent la réélection du président Ahmadinejad en juin.

Interrogé sur l’attitude du pouvoir envers M. Moussavi et Mehdi Karoubi, tous deux candidats à la présidentielle de juin, ainsi qu’à l’égard de Faeze Hachémi, fille de l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani, M. Mohseni Ejeie a affirmé sa volonté de «défendre les intérêts publics». «Les forces judiciaires et de la police ont agi jusque là avec retenue pour que les rangs des ennemis soient clairement identifiés pour ceux qui l’ignorent. Je déclare qu’à partir d’aujourd’hui il n’y aura aucune tolérance», a-t-il ajouté.

«Nous prendrons les mesures nécessaires, y compris contre le procureur de Téhéran s’il n’agit pas contre ceux qui violent les droits des gens et perturbent l’ordre tous les jours dans la ville», a-t-il déclaré en allusion à plusieurs manifestations de l’opposition organisées dans les grandes villes iraniennes depuis la présidentielle.

Une centaine de députés ont déposé plainte en octobre contre M. Moussavi pour son rôle dans les troubles qui ont suivi l’élection présidentielle contestée du 12 juin. «Nous avons envoyé cette plainte au procureur de Téhéran et nous espérons qu’elle sera poursuivie», a ajouté M. Mohseni Ejeie.

Situation tendue

Cet avertissement est intervenu alors que M. Moussavi a été bloqué mardi matin à l’Academie des beaux-arts de Téhéran, dont il est le président, par quelque 200 manifestants qui ont encerclé le bâtiment sans que la police n’intervienne. Les manifestants, dont trente à quarante motocyclistes en civil, ont bloqué toutes les entrées du bâtiment, autorisant le personnel à quitter les lieux mais pas M. Moussavi, selon des témoignages concordants.

En fin de matinée, selon un témoin, une centaine de policier en tenue anti-émeute étaient présents à une centaine de mètres de là sans intervenir.

Le site internet de M. Moussavi, Kaleme.com, a indiqué de son côté que les manifestants, «trente à quarante motocyclistes en civil» non identifiés, avaient empêché M. Moussavi de quitter le bâtiment avec sa voiture en criant des slogans hostiles au leader réformateur. Les proches de M. Moussavi ont demandé l’intervention de la police pour libérer les accès du bâtiment.

M. Moussavi est devenu l’un des principaux opposants du gouvernement, et un symbole pour l’opposition qui crie son nom à chaque manifestation. Lundi, son nom a été à nouveau scandé lors des rassemblements à Téhéran à l’occasion de la «journée des étudiants», entraînant des heurts avec les forces de l’ordre.

L’épouse de M. Moussavi agressée

L’épouse de M. Moussavi, enseignante à l’Université de Téhéran, a par ailleurs été agressée lundi soir sur le campus par un groupe de militants hostiles au courant réformateur, selon le site internet Mowjcamp.com proche de l’opposition.

Elle a été aspergée de poivre et atteinte aux yeux et aux poumons, selon Mowjcamp.com qui a estimé que les agresseurs étaient des «miliciens», une allusion aux Bassidjis (miliciens islamiques) qui sont largement employés par le gouvernement pour réprimer les manifestations de l’opposition.