Fin de l'histoire? Donald Rumsfeld – il l'a dit hier – aimerait bien tourner la page, mais il se trompe sûrement. Le roulement des questions sur les manipulations de l'information qui ont servi à justifier l'entrée en guerre contre l'Irak ne va pas se ralentir. Le soupçon se concentre pour le moment sur la petite phrase de 16 mots que George Bush a prononcée en janvier dernier dans son discours sur l'état de l'Union. Citant un renseignement britannique, le président affirmait que Bagdad avait cherché à se procurer en Afrique de l'uranium pour son programme nucléaire militaire. Cette information, on le sait maintenant de façon incontestable, était basée sur un faux document impliquant le Niger, et Washington, en janvier, le savait certainement.

Pour vérifier le tuyau nigérien, la CIA avait envoyé à Niamey, au début de 2002, un ancien ambassadeur, Joseph Wilson. Le diplomate en était revenu avec une conclusion nette: l'histoire de l'uranium est fausse. Pourquoi est-elle ressortie un an après dans un discours présidentiel? La semaine dernière, voyageant en Afrique, justement, Bush a mis en cause la CIA: le discours sur l'état de l'Union avait été soumis à l'agence, qui aurait dû mettre en garde la Maison-Blanche. George Tenet, le chef espion, a aussitôt accepté de servir de fusible. Il a publié vendredi un communiqué dans lequel il prend la responsabilité de cette faute qu'on lui impute, puisque – écrit-il – le processus d'approbation dans l'agence entre dans ses compétences.

Ce n'est pas si simple. L'affaire nigérienne avait déjà failli apparaître dans un autre discours de guerre de George Bush, en octobre de l'an passé. Quelqu'un avait alors fait retirer in extremis la phrase problématique: George Tenet! Comment se fait-il que cette mise en garde du patron de la CIA, suivie d'effet à l'automne, ait été écartée en janvier, alors que le discours sur l'état de l'Union est le plus important?

Tout le monde se souvient bien sûr que durant l'hiver, l'administration a constamment forcé la note dans ses accusations contre Saddam Hussein, pour convaincre l'ONU et le peuple américain de la nécessité d'une action militaire. Mais qui a décidé, et comment, d'aller jusqu'aux purs bobards? Colin Powell, lui, avait refusé de parler de l'uranium nigérien. Les derniers fusibles, avant la Maison-Blanche, sont au Pentagone, et surtout chez le vice-président Dick Cheney, qui a pressuré la CIA afin d'obtenir de «bonnes informations».

Les démocrates demandent une commission d'enquête indépendante. Howard Dean, candidat à la Maison-Blanche et adversaire de la guerre depuis le début, dit qu'il s'agit de savoir ce que le président savait, et quand il l'a su: exactement les mots utilisés au moment du scandale du Watergate, qui a contraint Richard Nixon