Pétrole

Mer Rouge: frappes de missiles présumées contre un tanker iranien

Au large du port saoudien de Djeddah, un tanker iranien a subi vendredi deux explosions, «probablement causées par des frappes de missiles», a rapporté son opérateur, causant une pollution et faisant bondir les valeurs pétrolières

Un tanker iranien a été touché vendredi par deux frappes de missile présumées en mer Rouge, à une centaine de kilomètres d’un port saoudien, premier incident où un navire iranien est visé depuis une série d’attaques dans le Golfe.

Cet incident survient sur fond de vives tensions entre l’Iran d’un côté et l’Arabie saoudite et son allié américain de l’autre, ces deux derniers ayant récemment accusé Téhéran d’être derrière des attaques contre des sites pétroliers du royaume, allégations démenties par la République islamique.

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Après l’incident de vendredi, le prix du Brent était en hausse de 2,3% à 60,46 dollars, et celui du West Texas Intermediate a augmenté de 2,1% à 54,69 dollars.

La National Iranian Tanker Company (NITC), opérateur administrant la flotte de navires pétroliers de l’Iran, a déclaré que la coque du tanker Sabiti avait été touchée par deux explosions à environ 100 km des côtes saoudiennes.

Les explosions «ont probablement été causées par des frappes de missile», a affirmé la NITC. «Tous les membres de l’équipage sont sains et saufs», a ajouté la NITC, précisant que les personnes à bord tentaient de réparer les dégâts, sans fournir davantage de détails.

«Acte irresponsable»

L’attaque a été lancée «depuis un endroit près du corridor (maritime par lequel passait le tanker), dans l’est de la mer Rouge», a indiqué le ministère iranien des Affaires étrangères.

«Il n’y a pas d’incendie à bord», a affirmé la compagnie étatique, démentant des informations auparavant diffusées par la télévision d’Etat iranienne selon lesquelles le pétrolier avait pris feu après une explosion.

Selon la télévision d’Etat, il est possible que l’incident ait été causé par «une attaque terroriste». Sur des photographies qu’elle a diffusées, et datées de vendredi, le pont du navire ne paraît pas endommagé.

Les explosions ont causé une fuite de pétrole en mer Rouge, selon l’agence semi-officielle Isna. «La responsabilité de cet incident, et la sérieuse pollution de l’environnement, incombe aux auteurs de cet acte irresponsable», a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Abbas Mousavi, ajoutant qu’une enquête était en cours.

Longue série d’incidents

D’après le site TankerTrackers, qui surveille les mouvements des navires-citernes, le Sabiti transporte un million de barils de pétrole et dit avoir «le Golfe» pour destination.

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L’incident de vendredi est le dernier d’une longue série dans la région, après notamment des attaques en Arabie saoudite, des saisies de pétroliers dans le Golfe et la destruction d’un drone américain par Téhéran.

En septembre, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, puis l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France ont accusé l’Iran d’être responsable de frappes aériennes contre deux sites pétroliers stratégiques dans l’est du royaume saoudien, qui avaient brièvement fait bondir les prix du brut de 20%.

Crainte d’escalade

Téhéran a nié toute implication dans ces attaques revendiquées par les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran et combattus par une coalition militaire dirigée par Ryad.

Après ces attaques, les Etats-Unis avaient affirmé être «prêts à riposter» et avaient annoncé l’envoi de renforts militaires dans la région.

Ces attaques de septembre ont réveillé la crainte d’un affrontement militaire avec l’Iran, alors que Washington et Téhéran ont frôlé l’affrontement militaire direct en juin. M. Trump avait dit avoir annulé in extremis des frappes contre des cibles iraniennes après que Téhéran eut abattu un drone américain.

L’attaque présumée de vendredi survient aussi après la saisie de plusieurs tankers par l’Iran ces derniers mois dans la région du Golfe et de l’arraisonnement en juillet au large de Gibraltar (extrême sud de l’Espagne) d’un pétrolier iranien, autorisé à repartir le 15 août.

Coalition militaire maritime

L’Iran, qui se considère comme le gardien du Golfe, dénonce la présence de forces étrangères dans la région et a menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit d’Ormuz – point de passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole – en cas d’action militaire des Etats-Unis.

En mai et juin, les Etats-Unis avaient imputé à l’Iran des attaques et des actes de sabotage contre des pétroliers dans la région du Golfe.

Washington a depuis formé une coalition militaire maritime pour protéger la navigation, rejointe par Ryad et Abou Dhabi. L’Iran a de son côté présenté un projet régional afin d’assurer «la sécurité énergétique et la liberté de navigation» dans les eaux du Golfe.

Sur nos blogs: Qui se cache derrière les attaques des tankers pétroliers?

Les tensions irano-américaines n’ont cessé de croître depuis le retrait unilatéral en 2018 des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement de lourdes sanctions américaines contre l’Iran. Téhéran a répliqué en s’affranchissant progressivement de certains engagements de l’accord.

Première à réagir à l’incident de vendredi, la Chine a espéré que «toutes les parties concernées feront preuve de retenue et ensemble protégeront la paix et la stabilité» dans cette région, selon Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise.

L’attaque présumée survient avant la visite prévue en Iran et en Arabie saoudite du Premier ministre pakistanais Imran Khan, qui devrait tenter d’offrir une médiation.

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