Cheng Tsz-ho «m’a dit qu’il partait à la pêche, raconte son père. Il portait une canne à pêche et deux seaux. La dernière chose que j’ai su, c’est qu’il avait été arrêté» le 23 août, quelques heures après avoir largué les amarres. Il a été intercepté par les autorités chinoises au large des côtes de la province chinoise de Guangdong. Depuis, personne n’a eu de ses nouvelles, ni des 11 autres étudiants et militants pro-démocratie embarqués dans cette tentative désespérée pour demander l’asile politique.

Rien d’officiel n’a été dit sur leur destination, mais il s’agit vraisemblablement de Taïwan. Ils ne sont pas les premiers à gagner clandestinement l’île distante d’environ 410 milles nautiques, soit moins de trois jours de navigation. D’autres l’ont fait après la répression de Pékin fin 2019 contre ceux qu’elles nomment des «émeutiers» et des «séparatistes». Mais c’est la première fois, officiellement, que certains tombent dans les filets des autorités chinoises.

Plaidoyer devant l’ONU à Genève

Les familles des 12 savent seulement qu’ils se trouvent dans un centre de détention à Shenzhen, mégapole frontalière de Hongkong, et qu’une enquête est en cours pour «entrée illégale» sur le territoire chinois. «Je ne sais même pas s’il est vivant», a témoigné en pleurs samedi devant la presse la mère de l’un d’entre eux, visage entièrement dissimulé pour ne pas être identifiée. Sur les 12 (11 hommes et une femme âgés de 16 à 33 ans), deux souffrent de pathologies nécessitant un traitement. L’un détient la nationalité portugaise et au moins deux un passeport britannique d’outre-mer – un document hérité de l’époque coloniale qui permet d’entrer au Royaume-Uni sans visa. Dans ce groupe, plusieurs étaient recherchés par la police. D’autres avaient été libérés sous caution après leur interpellation lors de manifestations antigouvernementales en 2019.

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La presse a révélé l’identité de l’un des militants: Andy Li. Il a été interpellé le 10 août sous le coup de la nouvelle loi de sécurité nationale qui criminalise la collusion avec des forces étrangères. L’an dernier, ce trentenaire était venu plaider devant les Nations unies à Genève en faveur de la défense des libertés ainsi que du droit à l’autodétermination de sa région administrative spéciale contre les «atrocités» du régime chinois. Il est aussi président d’un groupe indépendant d’observateurs électoraux. «Les autorités de Chine continentale usent de beaucoup d’excuses» pour empêcher les avocats désignés par les familles de voir leurs clients, commente le député James To. «Les proches sont extrêmement inquiets que les droits des 12 ne soient pas protégés» et ils implorent le retour des leurs sur le territoire hongkongais.

Silence international

Les familles semblent cependant bien seules dans leur bataille. Le consulat du Portugal n’a pas répondu aux sollicitations du Temps, pas plus que les autorités taïwanaises pour qui le sujet est plus sensible encore. L’île, dont la souveraineté est toujours revendiquée par Pékin, a ouvert début juillet un bureau d’«assistance humanitaire» pour ceux dont «la sécurité et la liberté sont menacées de manière imminente pour des raisons politiques». Mais la question des réfugiés clandestins reste gênante. La presse taïwanaise a rapporté que cinq militants hongkongais avaient été interceptés par les garde-côtes taïwanais fin juillet après que leur bateau en panne a dérivé. Or, la presse pro-Pékin accuse déjà Taipei et des hommes d’église de Taïwan de s’être faits complices de l’évasion.

Seul le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a exprimé son «inquiétude». «La situation est désespérée», explique Lee Cheuk-yan, président de l’Alliance de Hongkong en soutien aux mouvements démocratiques patriotiques en Chine, association formée en réaction au Printemps de Pékin pour accueillir les dissidents. «En 1989, après le massacre de Tiananmen, des centaines de personnes ont fui par la mer le régime communiste», utilisant Hongkong comme base de transit. Ces réfugiés «avaient des issues de secours, des gouvernements coopératifs. Aujourd’hui, nous n’avons aucune issue», déplore le militant.

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