L'entourage d'Ariel Sharon et le Ministère israélien de la défense confirment les récentes révélations du quotidien Le Monde et de la chaîne de télévision française TF1 selon lesquelles l'Etat hébreu a vendu à l'armée ivoirienne des drones (avions sans pilote) utilisés pour repérer le terrain avant l'attaque aérienne perpétrée le 6 novembre contre la base militaire française de Bouaké (neuf morts). Les mêmes sources affirment par ailleurs que ces engins (saisis par l'armée française qui en a examiné les enregistrements vidéo) ont été vendus à la Côte d'Ivoire «de manière légale» par une société privée indépendante des Industries militaires israéliennes (IMI) qui sont, elles, liées à l'Etat.

Dans le courant du mois de septembre, la France avait déjà demandé à l'Etat hébreu de ne plus accorder de licence d'exportation aux fournisseurs israéliens d'Abidjan, parmi lesquels figure la société Aeronautics defense systems (ADS) basée à Yavneh (nord de l'Etat hébreu). Cependant, il a fallu attendre le raid sur Bouaké et l'annonce d'une réunion du Conseil de sécurité pour que Jérusalem décide de répondre favorablement à une nouvelle requête de Paris. Une décision facile à prendre puisque le Conseil de sécurité a de toute façon imposé l'embargo sur les livraisons de matériel militaire à l'armée officielle ivoirienne ainsi qu'aux rebelles.

Mais le différend entre la France et l'Etat hébreu n'est pas effacé pour autant puisque plusieurs dizaines de «conseillers militaires» israéliens – des mercenaires – opèrent aussi bien pour les forces du président Gbagbo que pour celles de ses opposants. Combien sont-ils? Mystère. Probablement moins d'une centaine, parmi lesquels peu de «combattants» (ils seraient trop voyants) mais beaucoup d'«experts» en sécurité, en protection rapprochée, et en renseignement. Tous sont des retraités des unités d'élite de Tsahal (l'armée) et du Shabak (la Sûreté générale).

Certes, les deux chasseurs-bombardiers Soukhoï 25 qui ont attaqué la base de Bouaké et l'hélicoptère MI-24 qui est intervenu quelques minutes plus tard contre les soldats français étaient pilotés par des «chiens de guerre» ukrainiens et biélorusses. Mais les Israéliens jouent un autre rôle dans les forces de Gbagbo. Ils recueillent les renseignements, les analysent, et préparent les opérations. A Jérusalem, il se dit en tout cas que les drones de l'armée ivoirienne étaient pilotés par des experts de l'Etat hébreu. Une demi-surprise si l'on se souvient que, durant la guerre civile en Yougoslavie, un «touriste israélien» avait déjà été capturé – et rapidement relâché – par les forces de l'OTAN alors qu'il manipulait un avion sans pilote pour le compte des Serbes.

Depuis la fin des années 80, l'Afrique est un vaste marché aux opportunités pour les «conseillers en sécurité» israéliens. En octobre dernier, la levée, par la Haute Cour du Zimbabwe, des charges de «haute trahison» qui pesaient contre le chef de l'opposition, Morgan Tsvangiraï, a ainsi mis en lumière le rôle d'Ari Ben Menaché, un vétéran des services spéciaux de l'Etat hébreu devenu «consultant politique» (préposé aux «coups tordus») du président Robert Mugabe.

Avant cela, la présence d'anciens de Tsahal et du Shabak avait déjà été signalée dans la plupart des endroits «chauds» du continent. Au Congo-Brazzaville où le président Pascal Lissouba avait, en 1994, recruté pour cinquante millions de dollars la firme israélienne Levdan afin de constituer et d'entraîner sa garde personnelle ainsi que son service de protection rapprochée. Mais également au Zaïre (l'actuelle République démocratique du Congo) lorsque Joseph Désiré Mobutu en était le président, en Guinée, au Kenya, au Gabon, au Liberia, ainsi que dans une série de pays avec lesquels Israël n'entretient pas de relations diplomatiques.

A partir de 1999, bon nombre de ces «experts» ont également été employés pour assurer la sécurité des compagnies diamantaires qui se disputaient, en Sierra Leone en pleine guerre civile, les concessions accordées moyennant finance par le président Charles Taylor. Trois ans plus tard, les mêmes ont retrouvé de l'emploi en Côte d'Ivoire, où ils semblent également donner entière satisfaction.