Syrie

Des mercenaires russes otages de Daech embarrassent le Kremlin

L’Etat islamique a capturé deux combattants russes. Or ils ne font pas partie de l’armée russe, qui nie pourtant faire appel à des mercenaires

Le triomphalisme de Moscou en Syrie est entaché par des pertes que les autorités rechignent à admettre. L’Etat islamique a publié mardi une vidéo montrant deux citoyens russes fraîchement capturés. «Je m’appelle Roman Zabolotnyï et je suis né en 1979 dans la région de Rostov», dit l’un d’eux, un homme trapu, barbu et chauve. «J’ai été fait prisonnier dans la zone de Choula durant une contre-attaque menée par l’Etat islamique.» Le village de Choula se trouve à proximité de Deir Ez-Zor, ville encerclée par l’Etat islamique où se déroulent de violents combats. Zabolotnyï présente son compagnon d’infortune comme étant Grigori Tsourkanou, né en 1978. Ce dernier, l’œil droit tuméfié, ne dit pas un mot.

Identités confirmées par des proches

Dès le lendemain, des proches des deux hommes ont confirmé leur identité. Roman Tsourkanou a appelé la radio privée Svoboda, révélant que son frère Grigori était parti en mai combattre en Syrie au sein d’une organisation surnommée «CVK Wagner» par la presse russe. Il a aussi indiqué que le FSB (services secrets russes) lui avait intimé, ainsi qu’à ses parents, de «ne pas faire de bruit» autour de l’affaire.

Roman Zabolotnyï a été identifié comme un «activiste du mouvement cosaque» par des opposants au Kremlin. Des partisans d’Alexeï Navalny ont diffusé des photographies où on reconnaît bien Zabolotnyï en uniforme cosaque, protestant contre l’ouverture d’un bureau de campagne de l’opposant à Rostov-sur-le-Don le 8 avril 2017.

Zabolotnyï aurait déjà été exécuté par Daech, affirmait jeudi le député de Rostov Anatoli Kotliarov, sans préciser de source. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a lui juste lâché: «Moscou s’inquiète du sort de ses citoyens, dans le cas où il s’avérerait qu’ils sont des citoyens russes.» Le Ministère de la défense s’est lui dégagé de toute responsabilité, affirmant que les deux prisonniers n’étaient pas des soldats russes.

Flou autour des pertes russes

Cette prise d’otages attire l’attention sur le flou entourant les pertes de l’armée russe, deux ans après le début de son intervention en Syrie. Le Ministère de la défense reconnaît 40 décès parmi les militaires, dont un général tué la semaine dernière, également près de Deir Ez-Zor. Mais de nombreux observateurs mettent ce chiffre en doute. D’une part parce qu’il n’existe aucun contrôle civil sur les pertes militaires (seul le Ministère de la défense est autorisé par la loi à en faire état), d’autre part en raison de l’emploi de mercenaires pour effectuer les opérations les plus dangereuses.

Cette pratique, d’abord testée en Crimée puis en Ukraine, a pris de l’ampleur avec l’opération en Syrie. Une enquête très documentée du site Fontaka.ru retrace l’activité de CVK Wagner en Syrie depuis 2015. Fontaka a révélé, preuves à l’appui, qu’au moins 40 mercenaires de CVK Wagner y ont péri. Selon le site israélien Debka, pas moins de 5000 mercenaires russes combattraient en Syrie pour cette société. Son dirigeant, Dmitri Outkine (Wagner est son nom de guerre), a été photographié le 9 décembre 2016 à côté de Vladimir Poutine lors d’une remise de médailles au Kremlin.

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