Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Une mine dans l’ouest du Kenya. 
© DAI KUROKAWA / Keystone

Misère

Mercure, le poison des mineurs

Le problème de la pollution au mercure est abordé ces jours à Genève dans le cadre de la Conférence des Etats parties à la Convention de Minamata. Il touche tout particulièrement les petites communautés vivant de l’exploitation artisanale de mines d’or

Dans le combat mené contre le mercure, dont un chapitre important a été ouvert cette semaine à Genève dans le cadre de la première Conférence des Etats parties à la Convention de Minamata, un secteur concerne tout particulièrement la Suisse: celui de l’extraction minière artisanale et à petite échelle de l’or (Emape).

La Suisse est un centre mondial en matière d’or. Pour la seule année 2015, elle a importé plus de 2500 tonnes de ce métal pour une valeur de 69 milliards de francs. Si seuls 10 à 20% proviennent de mines artisanales, 90% des mineurs d’or travaillent dans ces petites structures, soit environ 15 millions de personnes, dont 4 à 5 millions de femmes et d’enfants répartis dans plus de 70 pays. Ces petites mines artisanales se situent presque exclusivement dans des pays en voie de développement, notamment au Pérou, en Bolivie, en Colombie et en Afrique.

Lire aussi: La Suisse, futur siège de la Convention de Minamata

Principal risque: les inhalations de vapeurs

De ces «Emape» émanent 1400 tonnes de mercure par an, qui représentent l’une des principales sources de pollution au mercure du monde. Les mineurs artisanaux ont besoin de ce métal lourd notamment dans l’amalgamation du minerai brut. Des quantités importantes sont utilisées et éliminées comme «déchet avec les résidus miniers», explique l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le principal risque de contamination provient de l’inhalation de vapeurs de mercure élémentaire, notamment lors d’une phase de l’extraction appelée brûlage. Une intoxication de ce genre peut provoquer de graves troubles neurologiques, rénaux et auto-immunitaires.

Sous le titre «Make mercury history along the gold supply chain», l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) a accueilli mercredi un événement consacré à ce sujet et organisé en marge de la conférence par la société Transparence SA. Nombre d’acteurs de la chaîne d’approvisionnement en or étaient présents. Professeur et responsable de programme au Centre international pour les études environnementales à l’IHEID, Marc Hufty n’a pas manqué de souligner les problèmes liés au mercure et aux mines d’or artisanales.

Des conditions de vies extrêmement difficiles

Les communautés qui vivent de cette activité économique ont souvent la vie très dure. Les mineurs et leurs familles habitent généralement à proximité des mines. Un commerce illégal de mercure se met souvent en place, gangrené par la corruption et la prostitution. Ces communautés souffrent de la pauvreté, du manque d’éducation et de l’absence de couverture médicale. «En Colombie, les autorités ont travaillé pendant près de dix ans pour légaliser ce secteur.»

Plusieurs acteurs en Suisse ont les moyens de changer la donne et de garantir une exploitation plus sûre et plus durable de l’or. La Confédération abrite quatre des six plus grands affineurs d’or du monde. Wilfried Hörner, ancien directeur général d’Argor-Heraeus, le souligne: «Nous faisons un vrai travail de conformité afin de nous assurer de connaître vraiment nos clients.»

Des mines plus durables

Fondatrice de la société Transparence SA, qui se bat pour assurer un développement durable quand il est question de sources d’approvisionnement en métaux précieux, Veerle van Wauwe le reconnaît: les affineurs suisses, contrairement à d’autres, s’assurent d’obtenir de l’or de mines dans lesquelles les conditions de travail sont éthiques. «Nous avons réussi à inciter des sociétés comme Cartier à s’orienter vers des mines plus durables. C’est le cas au Honduras, dans des mines exploitées par le groupe italien familial Goldlake Group.» Cofondatrice de Goldlake, Daniela Colaiacovo le martèle: «Nous n’utilisons plus de mercure, mais de nouvelles technologies qui permettent d’obtenir une meilleure productivité.»

La Convention de Minamata est peu contraignante. Mais elle donne de vraies impulsions dans différentes industries pour substituer au mercure d’autres substances moins nocives

Un partenariat privé-public a aussi été mis sur pied, une coopération entre la Swiss Better Gold Association et le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Il en a résulté une initiative (Better Gold Initiative) visant à améliorer le sort des mineurs travaillant dans l’extraction artisanale. Si des investisseurs privés et institutionnels en Suisse cherchent à développer des pratiques plus éthiques, les banques, estime-t-on dans le secteur, sont encore aux abonnés absents. Or elles jouent un rôle important, puisqu’elles détiennent l’or bancaire prêt à entrer dans le circuit des échanges de métaux précieux avec la certification de la London Bullion Market Association.

«La Convention de Minamata est peu contraignante, reconnaît Veerle van Wauwe. Mais elle donne de vraies impulsions dans différentes industries pour substituer au mercure d’autres substances moins nocives.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a