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Giorgia Meloni ren contre des journalistes à Rome, le 16 mars 2016.
© Alessandra Tarantino

Italie

Mère ou maire, une candidate à Rome sommée de choisir

La course à la mairie de la capitale italienne est marquée par des épisodes de sexisme ordinaire. Une candidate aux élections municipales de juin est attaquée sur sa grossesse, révélant une mentalité machiste diffuse dans la péninsule

L’Italie est-il un pays pour les femmes? Non, répondent en chœur politiciennes de tout bord. Ce mois-ci, elles ont dû se défendre d’énièmes propos sexistes. La nouvelle victime est Giorgia Meloni, présidente du jeune parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, candidate à la mairie de Rome lors des élections municipales de juin, et enceinte. Son rival Guido Bertolaso, le candidat de Silvio Berlusconi, l’a invitée à «faire la maman» et donc à s’écarter de la politique.

Lassées d’être constamment réduites à leur maternité ou simplement à leur sexe, des figures du centre gauche comme du centre droit ont pris la défense de leur consœur. «Cela relève d’une misogynie de fond», s’est emportée la ministre de la Santé, Beatrice Lorenzin, ancienne membre des différentes formations du Cavaliere. «Dans une ville dont le symbole est une louve allaitant deux jumeaux, a tranché Giorgia Meloni, ce ne sera pas un problème de voir un maire allaiter son enfant.»

Le nom de cette femme de 39 ans, dont l’accouchement est attendu pour l’été, s’ajoute à une liste déjà longue de politiciennes brimées par leurs homologues masculins. Marianna Madia était enceinte lorsqu’elle est devenue en février 2014 ministre de l’Administration publique dans le gouvernement de Matteo Renzi, premier exécutif paritaire de l’Histoire républicaine italienne. «Une femme qui accouche pense à son enfant, elle ne pense pas à un ministère», s’emportait alors Matteo Salvini, le secrétaire fédéral de la Ligue du Nord, aujourd’hui pourtant allié et premier soutien de Giorgia Meloni.

Valeria Fedeli est la vice-présidente du Sénat, membre du Parti démocrate au pouvoir. Peu visible dans les médias, celle qui se définit comme féministe ne manque jamais de réagir à ce genre d’épisode sexiste. L’attaque du candidat romain «n’est pas une gaffe, mais l’expression d’une culture encore diffuse en Italie considérant la femme comme fonction unique de la maternité, et la maternité comme un obstacle à la liberté», condamne-t-elle.

Cette mentalité se trouve non seulement en politique, mais aussi dans le monde du travail. La sénatrice se réjouit que l’exécutif s’en soit par exemple pris aux démissions «à blanc». Cette pratique illégale, mais répétée, contraint les femmes ayant signé un contrat à poser leur griffe également sur une lettre de démission non datée et dont le motif du départ sera ajouté ultérieurement. La maternité par exemple. «En Italie, la «femme-mère» est presque une sacralité, mais elle est aussi paradoxalement l’élément discriminant», regrette Valeria Fedeli, dont la carrière a débuté dans le principal syndicat du pays, la CGIL. La solution passe selon elle par un plus grand «partage des responsabilités familiales», accordant notamment des congés maternité et paternité égaux.

Dans la politique italienne, ce sexisme ordinaire s’observe aussi bien à droite qu’à gauche. Mais sur ce front, les deux décennies de berlusconisme ont profondément marqué la société italienne, s’étant toujours plus habituée aux remarques machistes répétées de l’ancien président du Conseil, dont le règne a été jalonné par ses frasques et scandales où s’entremêlent sexe, argent et pouvoir.

Lors du dernier mandat du magnat de la presse, la ministre de l’Instruction, Mariastella Gelmini, a accouché d’une fille. C’était en 2010. Elle a gardé son poste jusqu’à la chute de Silvio Berlusconi, fin 2011. Cumuler un mandat politique et le statut de mère ne semblait alors pas poser problème au chef du gouvernement.

Volant aujourd’hui au secours de son candidat Guido Bertolaso, il est pour le Cavaliere désormais «clair qu’une maman ne peut pas se dédier à un travail terrible» comme celui d’administrer la capitale de la péninsule. En entendant ces propos, Valeria Vitrotti a l’impression de vivre dans une Italie «médiévale». Candidate démocrate de 32 ans à la présidence d’une mairie de quartier à Rome lors des prochaines élections municipales et enceinte de sept mois, elle n’a jamais vu sa grossesse comme un frein. En cas de victoire, elle compte aller à la mairie avec son enfant, espérant que «l’allaiter au travail ne crée aucune gêne».

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