«Il ne devrait pas y avoir de big bang des lois de bioéthique», indiquait Le Monde dans son édition datée de jeudi. Cette semaine se sont conclus, en France, les états généraux de la bioéthique. Le but était de nourrir la révision des textes légaux encadrant les actions sur le vivant, qu’ils s’agisse de l’assistance médicale à la procréation ou la recherche. Jusqu’ici, cet exercice était imposé, dans les lois elles-mêmes, tous les cinq ans.

S’agissant de la recherche, les scientifiques français risquent de demeurer dans le flou encore quelque temps. Les travaux sur des cellules souches embryonnaires n’ont finalement pas été évoqués par la ministre de tutelle, Roselyne Bachelot. Un «régime d’autorisation très encadré», dit encore Le Monde, pourrait être annoncé au début 2010, lorsque les lois révisée seront présentées.

Il faut dire que le débat public a été accaparé par une seule question, celle des «mères porteuses». En décembre dernier, un groupe de travail du Sénat suggérait de légaliser cette pratique, interdite en France depuis 1994. «Correctement encadrée, elle peut être un don réfléchi et limité dans le temps d’une partie de soi», plaidait un membre de la majorité, cité dans un dossier thématique du Monde.

La proposition a provoqué une flambée polémique, c’est peu dire. «Jamais les «mères porteuses» n’auront autant suscité d’échanges passionnés», a raconté Le Parisien. Citant l’agence de bioéthique à propos du site Internet de ses états généraux, le journal ajoutait: «Sur les deux mille pages vues chaque jour, la rubrique Assistance médicale à la procréation est la plus consultée[...]. Et les contributions des internautes sur la gestation pour autrui sont de loin les plus nombreuses.»

Slate.fr, pour sa part, cadrait le débat en ces termes: «[...] voici qu’en ce printemps 2009 émerge et s’amplifie une opposition radicale, violente et sans précédent, concernant une pratique qui, si elle devait être légalisée, aurait notamment pour conséquence de bouleverser les règles millénaires des filiations humaines ». Consacrant une édition d’ «Envoyé spécial» à des mères indiennes monnayant leur grossesse, France 2 a suscité un débat vigoureux sur son site, sur «la façon scandaleuse des pays soit disant développés (civilisés etc etc) de profiter de la pauvreté et de la non-existence de législation des pays sous-développés, et ce dans beaucoup de domaines», selon un internaute.

Parmi les opposants, les milieux traditionalistes, bien sûr, qui ont lancé un appel relayé par France Catholique, résumant les enjeux en quatre points: «1 - Préservons le sens de la maternité qui est d’accueillir la vie 2 - Stoppons l’escalade vers le bébé zéro défaut 3 - Donnons la priorité au droit de l’enfant sur le droit à l’enfant 4 - Soutenons la recherche qui respecte l’embryon humain.»

Mais aussi, en tête de la fronde, la philosophe Sylviane Agacinski. Au moyen d’un réquisitoire devenu succès de librairie, Corps en miettes, l’épouse de Lionel Jospin fustige un «nouvel esclavage». Une citation mentionnée par un article des Quotidiennes résume le propos: «Obsédés par les crimes anciens, nous sommes incapables de voir ce qui pourtant s’étale sous nos yeux: la barbarie soft, bienveillante, doucereuse des abus biotechnologiques et de l’aliénation du corps humain, après la réduction des animaux au statut de produits fabriqués par l’élevage industriel.» Sur France Inter, dans une interview visible en vidéo, la philosophe est allée plus loin dans la vigueur de l’argumentation, parlant du ventre de la mère porteuse comme d’un «four à pain».

En faveur d’une légalisation encadrée, une autre philosophe, Elisabeth Badinter, qu’a interrogée le site famili.fr: «Pendant longtemps, j’ai hésité à prendre position. Ce qui m’a déterminée, ce sont deux constats. Un: si on ne statue pas, on va arriver à des situations absolument impensables, scandaleuses. Je suis effrayée par toutes ces histoires d’enchères et de surenchères autour du ventre des femmes. En l’absence de cadre juridique, on va vers un commerce honteux du corps humain. [...] Deux: je travaille depuis longtemps sur la question du sentiment maternel, et je suis convaincue de la diversité incroyable des positions des femmes face à la reproduction. Si on pense que les femmes sont assimilables à des femelles animales, avec des automatismes qui seraient toujours les mêmes, on se trompe. Il y en a qui aiment être enceintes et qui pour autant n’ont pas envie d’élever des enfants. [...]».

Le gouvernement ne donnera donc pas suite à la proposition des sénateurs. Mais le débat risque de revenir en force. Sous l’effet de l’émotion suscitée par le tourisme procréatif évoqué par l’émission de France 2, par exemple. Secouée par plusieurs affaires de ventes de bébés, la Belgique aborde d’ailleurs aussi la question, indiquait en mars RTL Belgique. Le pat pays, de même que le Luxembourg, connaît un vide juridique en la matière. Les Pays-Bas, en revanche, interdisent la grossesse pour autrui. Des voix se sont élevées pour le bannissement en Belgique aussi. Un sénateur flamand jugeait que «nous devons paralyser les filières de la Belgique vers les Pays-Bas, ce qui est uniquement possible au travers d’une interdiction légale du recours commercial aux mères porteuses».