Entre Paris et Berlin, souvent présentés comme l’axe moteur de l’Union européenne, la différence de poids – économique et donc politique- est devenue telle que François Hollande semble souvent à la remorque de sa partenaire allemande. Qu’ils se soient exprimés ensemble mercredi devant le Parlement de Strasbourg – une première pour un chef d’État français et un chancelier depuis 26 ans- a donc une valeur très symbolique alors que Paris et Berlin tentent de relancer la locomotive européenne en gommant leurs différences sur les dossiers du moment.

Cherchant à mettre en avant la dynamique du moteur franco-allemand, le Président de la République français et la Chancelière allemande ont mis en avant leurs points communs, réclamant «plus d’Europe face aux crises», et notamment au sujet de la crise des migrants. Sur ce point, quelques différences persistent. Longtemps la France a refusé l’idée de répartir le poids des réfugiés sous forme de «quotas» entre les pays membres de l’Union européenne, comme le souhaitait l’Allemagne qui a accueilli 600 000 demandeurs d’asile entre janvier et septembre. Paris a progressé sur le dossier. Selon une lettre commune de François Hollande et Angela Merkel aux autorités européennes que s’est procurée le Monde, ils appellent à mettre en œuvre «intégralement et sans délai» les dispositions récentes adoptées par l’UE comme la création de «hot spots» (des centres où les réfugiés politiques seraient distingués dès leur sauvetage en mer des migrants dits «économiques» qui seraient renvoyés chez eux) et l’établissement de camps de réfugiés cofinancés par l’UE à proximité des pays d’origine. Le texte évoque également une «répartition» des «réfugiés» «équitablement et dans un esprit de solidarité entre les États membres» par un «mécanisme permanent et obligatoire de relocalisation.» Le terme de «quotas», qui fâche à Paris, n’est pas évoqué, mais on s’en rapproche.

Divergences sur la Syrie

À Paris comme à Berlin, on tient par ailleurs à préserver l’acquis des accords de Schengen de 1985, qui garantissent la libre circulation des biens et des personnes au sein des pays membres, mise à mal par les barbelés édifiés par Viktor Orban autour de la Hongrie mais aussi par les déclarations du premier ministre britannique David Cameron.

Sur le terrain diplomatique, la France et l’Allemagne unies sur le dossier ukrainien connaissent un certain nombre de divergences au sujet de la guerre en Syrie. Angela Merkel estime désormais qu’il faut parler «avec tous les interlocuteurs» sur le terrain. Y compris Bachar el-Assad, que Paris cherche à faire traduire en justice. La diplomatie française exclut pour l’instant tout dialogue avec le dictateur syrien.

Autre sujet critique entre les deux pays, l’approfondissement de l’Union monétaire. François Hollande avait promis dans son discours du 14 juillet de s’attaquer aux dysfonctionnements de la zone euro, évoquant notamment l’idée d’un parlement et d’un budget propres afin de venir en aide aux pays en difficulté. Mais Angela Merkel attend toujours de Paris les précisions qu’elle a demandées à ce sujet. Ni Angela Merkel ni Wolfgang Schäuble ne semblent opposés sur le fond à de telles propositions. À condition qu’elles donnent lieu à une réforme des Traités, un sujet toujours tabou en France.

De la même façon, Angela Merkel attend toujours de son partenaire français la mise en place de véritables réformes structurelles à Paris, considérées à la Chancellerie comme étant seules à même de redresser la situation économique de l’Hexagone. Pour Angela Merkel, le tandem Valls-Macron tarde à donner des résultats.

«Entre la France et l’Allemagne, les points de départ sont souvent opposés, résume la chercheuse Daniela Schwarzer, du German Marschall Fund. Du coup, le compromis n’est pas évident. Ça n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que la division des tâches internationales à la France économie à l’Allemagne n’est plus pertinente.» Sur la scène diplomatique aussi, l’Allemagne est de plus en plus incontournable.