La chancelière allemande Angela Merkel devait affronter deux quarts de finale, vendredi, à Berlin. En football, au Stade olympique, pour le match attendu contre l'Argentine, mais surtout en politique, au Bundestag, où se jouait la première des grandes réformes de son gouvernement de coalition, celle du fédéralisme, mais aussi sa propre autorité sur la coalition au pouvoir. Angela Merkel avait mis la pression sur ses députés: il n'y aura pas de prolongation, elle ne voulait pas rater le coup d'envoi du match de foot.

Si la Mannschaft s'est qualifiée, la coalition rouge-noire, SPD et CDU, n'a pas flanché non plus. Considérée comme la «mère des réformes», la modification de la loi fondamentale touchant les rapports entre l'Etat fédéral et les Länder a été acceptée par 428 voix contre 162. Un peu plus que la majorité des deux tiers indispensable. Le Bundesrat, la chambre des Länder, se prononcera le 7 juillet.

Pouvoir régional élargi

L'objectif de la réforme, qui avait déjà échoué une première fois sous le gouvernement de Gerhard Schröder, est de clarifier les structures fédérales du pays. Ce que l'on appelle en Suisse la répartition des tâches entre cantons et Confédération. Alors que, lors de la création de l'Etat fédéral allemand, seules 10% des lois devaient être acceptées par le Bundesrat, au fil des années, le pouvoir régional a considérablement élargi ses attributions. La Chambre haute avait obtenu de dire son mot sur deux tiers des lois. Le but de la réforme est de passer à 40%. Car le Bundesrat peut souvent, comme ce fut le cas lors des débats sur l'indemnisation des chômeurs de longue durée, bloquer une révision lorsque les majorités diffèrent entre le parlement fédéral et les Länder.

Jusqu'au début de la semaine, le gouvernement d'Angela Merkel n'était pas certain de faire passer la première des grandes réformes de son programme, alors qu'il doit encore, avant le 12 juillet, trouver un compromis sur une refonte du financement de l'assurance maladie et la révision de la fiscalité des entreprises. Une partie des voix socialistes menaçait en effet de faire défaut pour obtenir l'indispensable majorité des deux tiers. Comme l'a rappelé vendredi, lors des quatre heures de débats le président du groupe parlementaire du SPD, Peter Struck, qui a réussi à imposer la discipline dans ses rangs, la gauche renâclait face à l'élargissement des compétences régionales en matière de justice, d'environnement et de scolarité.

Contrairement à la Suisse, où la Confédération vient d'obtenir un droit de regard en matière d'harmonisation scolaire, le pouvoir des Länder a été renforcé dans le domaine de l'éducation. L'Etat fédéral ne pourra plus ainsi promouvoir les Ganztagsschule, l'enseignement à journée complète, destinées à soulager les mères de famille en emploi.

Par contre, les Länder n'auront plus leur mot à dire s'agissant de la législation européenne et ne pourront plus participer aux négociations à Bruxelles que sur les thèmes de leur compétence exclusive: école, culture.

L'opposition reprochait surtout au gouvernement Merkel d'avoir procédé à une redistribution des compétences sans avoir parallèlement remis à plat les relations financières. La répartition des impôts devrait ainsi faire l'objet d'une prochaine étape. «Un travail bâclé», a reproché le Vert Kolker Beck.

Mais pour Angela Merkel, qui voit l'opposition s'élargir au sein de son propre parti contre le projet de révision de l'assurance maladie, l'essentiel était de réussir ce premier test pour affirmer son autorité.