Le regard de Hosuk Lee-Makiyama sur les relations Union européenne-Chine est inhabituel. Fort de son expérience tant dans la diplomatie européenne que dans le privé, le directeur de l’European Centre for International Political Economy (Ecipe), un influent centre d’études et d’analyses à Bruxelles, affirme que Pékin ne tient pas Bruxelles en haute estime. «Les autorités chinoises préfèrent privilégier les relations bilatérales individuellement avec les Etats de l’Union», explique-t-il à l’occasion du 16e sommet Chine-UE, qui a lieu jeudi et vendredi à Pékin.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et le chef de l’exécutif, José Manuel Barroso, feront connaissance aujour­d’hui avec le président chinois, Xi Jinping, une première puisque ce dernier a pris ses fonctions au printemps. Accompagnés de plusieurs commissaires, les deux dirigeants espèrent discuter de la politique internationale (Syrie, Iran) et de l’économie (crise, fraude et évasion fiscales) avec leur hôte, ainsi que du réchauffement climatique. Le lancement des négociations en vue d’un accord bilatéral sur les investissements est aussi à l’agenda. «Un tel outil sera bénéfique pour la croissance des deux parties», a déclaré José Manuel Barroso avant son départ en Asie. Les Européens soulèveront aussi la question des droits de l’homme, un domaine où ils estiment que la Chine doit progresser.

L’enthousiasme de l’autre côté est plus mesuré. «Les Chinois se rendent compte que les Européens entretiennent des relations surtout pour conquérir des parts de marché, sans se préoccuper de la vision à long terme du pays, commente Hosuk Lee-Makiyama. Selon lui, «la Chine a mal pris les tentatives européennes de bloquer les exportations de produits sophistiqués (technologie de communication, solaire) en Europe. Le géant asiatique pense aussi que Bruxelles, protectionniste dans sa politique commerciale, entretient l’idée selon laquelle ses produits et ses investissements envahissent le continent européen.»

Les Chinois déplorent aussi le refus de l’Union européenne de leur accorder le statut d’économie de marché, qui offre une certaine protection antidumping. Ils dénoncent également le maintien de l’embargo sur les armes mis en place après la répression policière de la place Tiananmen en 1989. Selon Hosuk Lee-Makiyama, il n’est pas invraisemblable que la Chine dispose déjà d’un arsenal aussi sophistiqué que l’Europe, mais l’embargo représente une sorte de punition. «Le Politburo sortant en était obsédé, dit-il. La nouvelle équipe n’en fait plus une maladie.»

«Concurrence déloyale»

«Les Européens n’ont toutefois pas tout tort de penser que Pékin ne respecte pas ses engagements internationaux et pratique une concurrence déloyale, notamment dans les échanges commerciaux», poursuit l’expert. Les exemples sont nombreux: pour pouvoir opérer en Chine, un fabricant d’automobiles est contraint de s’allier avec un partenaire local; une banque européenne ne peut toujours pas y pratiquer des opérations de détail; les entreprises européennes sont bannies des achats publics en Chine alors que les chinoises participent aux appels d’offres en Europe.

Hosuk Lee-Makiyama fait également remarquer que les Chinois ne sont pas venus en aide aux pays européens affectés par la crise. «Ils ont acheté très peu d’obligations d’Etat, dit-il. En revanche, ils ont acquis des ports ayant des intérêts commerciaux. Des pays comme le Brésil, voire l’Afrique du Sud et le Venezuela, ont investi davantage en Europe que la Chine.» Il ajoute que les échanges commerciaux entre les pays de l’UE et la Chine dépassent les 500 milliards d’euros par année, mais qu’un seul pays, l’Allemagne, assure les deux tiers des exportations vers la Chine. Ce qui explique aussi la difficulté en Europe d’avoir une position homogène vis-à-vis de la deuxième puissance économique mondiale.