Diplomatie

Le message de Michael Møller aux élus fédéraux: «Le monde a toujours plus besoin de Genève»

Ce mercredi, le directeur général de l’Office des Nations unies à Genève va promouvoir devant une vingtaine de parlementaires à Berne les atouts de la Cité de Calvin. Au moment où la crise du multilatéralisme la menace

En envoyant à Berne l’un de ses plus illustres ambassadeurs, le directeur général de l’Office des Nations unies Michael Møller, la Genève internationale essaie de mieux se «vendre». Surtout en Suisse. Le soutien que lui apportent les parlementaires fédéraux n’est pas une évidence. Il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. Ce mercredi, le directeur général, accompagné de la directrice du SDG Lab de l’ONU Nadia Isler, va rencontrer une vingtaine d’élus dans le cadre de l’Intergroupe parlementaire Genève internationale.

Suisse internationale

Le Danois va transmettre un message univoque: «Le monde a toujours plus besoin de Genève.» Malgré la crise du multilatéralisme qui menace l’intégrité même de la Genève internationale, Michael Møller reste optimiste: «Nous allons montrer concrètement, avec des exemples, pourquoi Genève est le laboratoire opérationnel des Objectifs de développement durable (ODD). Nous expliquerons que leur mise en œuvre se fera non pas à travers une bureaucratie grandissante, mais à travers des partenariats intégrant toutes les composantes de la société: secteur privé, Etats, organisations internationales, société civile.»

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Jusqu’ici, le parlement fédéral a été plutôt positif en matière de soutien, accordant sans sourciller les crédits pour la rénovation du Palais des Nations à Genève. Néanmoins, Genève semble parfois loin des préoccupations de la Suisse alémanique. Et ce n’est pas le changement sémantique apporté par le conseiller fédéral Didier Burkhalter qui troqua «Genève internationale» pour «Suisse internationale» qui aura contribué à sensibiliser davantage les élus d’outre-Sarine. Les médias alémaniques eux-mêmes sont peu présents. La NZZ, pour ne pas la nommer, a toujours une pigiste au Palais des Nations, mais n’a pas remplacé son correspondant permanent. Le Tages-Anzeiger est encore moins assidu.

Coprésidente de l’Intergroupe parlementaire avec le socialiste genevois Carlo Sommaruga, la PDC bâloise Elisabeth Schneider-Schneiter est pourtant catégorique: «La Genève internationale est absolument centrale. Nous devons la renforcer. Le multilatéralisme qu’elle incarne est d’ailleurs très suisse.» La Bâloise nuance toutefois: «Il faudrait partager le gâteau. Le multilatéralisme ne doit pas être concentré sur la seule Genève internationale. A Bâle par exemple, nous abritons la Banque des règlements internationaux.» Conseiller national UDC bernois, Andreas Aebi ne voit pas la crise du multilatéralisme comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la Cité de Calvin. «Au contraire, c’est une chance pour la Genève internationale et la Suisse, neutre, de proposer ses services pour la paix.»

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Yves Nidegger a beau être un conseiller national UDC genevois, il voit l’actuelle Genève internationale comme un symbole de l’étatisme dont il n’est pas friand. «Elle reste un outil très important de la politique étrangère suisse. Mais avec un multilatéralisme malade voire mort et l’avènement d’un monde multipolaire, la vision occidentale du multilatéralisme et des valeurs universelles a vécu.» A quelques mois des élections fédérales, le multilatéralisme pourrait d’ailleurs subir de nouvelles attaques de l’UDC et d’une partie des partis de la droite bourgeoise.

Pour Yves Nidegger, la Genève internationale du BIT (Bureau international du travail) et des «droits de l’homme triomphants, c’est fini. Genève doit désormais passer à autre chose, développer la science, la biotechnologie et les centres académiques.» Pour lui, la rénovation du Palais des Nations pour laquelle il a voté est finalement «obsolète». Face à ce type de réaction, Michael Møller s’interroge: «Genève va perdurer, mais un désintérêt de Berne porterait fortement préjudice à l’identité de la Suisse et à sa capacité d’exercer sur la scène internationale une influence bien supérieure à sa taille.»

L’action de Cassis

Carlo Sommaruga ne se voile pas la face. Le refus du multilatéralisme par d’importants acteurs de la scène internationale peut remettre en cause certaines activités de la Genève internationale. C’est pourquoi il lui paraît indispensable que la Genève internationale soit portée des deux côtés de la Sarine.

Plusieurs acteurs de la Genève internationale ne cachent pas une autre inquiétude: l’action du chef du Département fédéral des affaires étrangères Ignazio Cassis. Pour eux, le conseiller fédéral a parfois agi contre les intérêts de Genève en menaçant un jour de retirer le financement à l’Unrwa, agence onusienne d’aide aux Palestiniens dirigée par un Suisse, ou en permettant au Conseil fédéral de proposer l’assouplissement de l’exportation du matériel de guerre contre les principes humanitaires défendus par le CICR.

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La place de Genève dans le concert multilatéral n’est pas garantie à vie. A la 5e Commission de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, la Suisse a peu d’amis. En 2014, Genève souhaitait accueillir le Fonds vert pour le climat, qui est désormais établi en Corée du Sud. Lors du vote, la Suisse a obtenu moins de votes que la Namibie… Si Genève se contente de n’être qu’un hub opérationnel, elle risque de beaucoup perdre, relève un analyste politique. Elle devra un jour se poser la question de la nécessité de conclure des alliances politiques avec différents pays si les Etats-Unis devaient confirmer leur retrait des enceintes multilatérales.

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