Menacée de faillite par les attaques spéculatives des marchés financiers, la Grèce a obtenu jeudi à Bruxelles un soutien politique fort de l’Union européenne (UE) en signe de solidarité lui assurant, au besoin, une aide financière qui devrait lui éviter le pire. Loin d’être symbolique, cette intervention pourrait faire avancer l’idée d’une «gouvernance économique» européenne et donner une impulsion nouvelle à la réorganisation institutionnelle de l’UE sous le régime du Traité de Lisbonne qui demeure à maints égards confus.

Le premier sommet informel des chefs d’Etat européens sous la présidence du Belge Herman Van Rompuy s’est en effet transformé en sommet de crise. Son objectif? Dresser un cordon sanitaire autour de la Grèce afin d’éviter une contagion de sa crise budgétaire à d’autres Etats du sud de l’Europe, à commencer par l’Espagne et le Portugal, qui aurait pu menacer la stabilité des seize pays de la zone euro. Après trois heures de consultations, les Vingt-Sept ont publié une déclaration reflétant un «large consensus», mais dont on devine que chaque phrase a fait l’objet d’un marchandage difficile.

Deux messages principaux se dégagent de cette prise de position: d’abord le rappel à la responsabilité des Etats, ici la Grèce, de gérer au mieux leurs finances dans l’intérêt de tous. L’affirmation ensuite d’une solidarité européenne envers un Etat en difficulté. «Les Etats membres de la zone euro prendront des mesures déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble», lit-on.

Malgré les spéculations sur un plan d’aide ou de nouveaux crédits garantis par des Etats européens à la Grèce, aucune annonce en ce sens n’a été communiquée. «Le gouvernement grec n’a demandé aucun soutien financier», s’est contenté de répondre Herman Van Rompuy lors d’une conférence de presse commune avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Ce dernier a rappelé pour sa part qu’un sommet informel n’avait pas pour vocation de prendre des décisions de cet ordre.

Dans l’immédiat, c’est la Commission qui «surveillera étroitement» la mise en œuvre des engagements grecs pour réduire le déficit budgétaire de la Grèce de 4% en 2010 avec la coopération de la Banque centrale européenne (BCE), dont le président Jean-Claude Trichet participait également à ce sommet. Bruxelles pourrait proposer d’autres mesures additionnelles «en s’appuyant sur l’expertise technique du Fonds monétaire international» (FMI). A ce stade, l’aide du FMI n’est pas requise, mais, explique un diplomate européen, il était important d’associer tous les acteurs qui comptent pour «écarter les spéculateurs».

Les ministres des Finances de la zone euro (l’Eurogroupe dirigé par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker qui se réunira lundi prochain) travailleraient déjà à la mise au point d’un plan d’aide dans le cas où la Grèce serait menacée de défaut de paiement. Les spéculations allaient bon train hier à Bruxelles dans les couloirs du Conseil européen sur la nature de cette aide et l’annonce qui pourrait en être faite dès la semaine prochaine, d’autant que les marchés ne semblaient pas convaincus dans l’après-midi par cette déclaration purement politique. «Je laisse les spéculations pour les spéculateurs», a simplement rétorqué Herman Van Rompuy.

En début de journée, plusieurs réunions préparatoires ont eu lieu pour coordonner la réponse européenne entre la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy, le premier ministre grec Georges Papandréou et le président du Conseil européen. Des discussions qualifiées de «franches» mais reflétant une «réelle solidarité et convergence de vues», a encore indiqué Herman Van Rompuy, s’exprimant de façon alternée en français, anglais et flamand.

Angela Merkel – dont le pays joue le rôle de moteur en vue d’un éventuel plan d’aide (lire encadré) – a expliqué qu’on «n’allait pas laisser tomber la Grèce» puisqu’elle fait partie de l’UE. Mais ce soutien aura un prix: «Il y a des règles et ces règles vont devoir être respectées», a-t-elle indiqué à l’intention de la Grèce. Les banques allemandes et françaises détiennent près de 40% de la dette extérieure grecque. Des actifs qui pourraient se transformer en boulet si la crise de confiance devait perdurer. C’est pourquoi ces deux pays ont tout intérêt à une action concertée et jouent un rôle moteur pour circonscrire le feu.