L'Autriche a trouvé un moyen original pour faire des économies budgétaires: délocaliser des prisons dans les pays considérés par le gouvernement de coalition droite-extrême droite de Vienne comme «sources de criminalité». Premier pays sur la liste noire: la Roumanie.

Un accord bilatéral signé le 17 janvier envisage de financer la construction d'une prison en Roumanie pour pouvoir renvoyer dans leur pays d'origine des Roumains détenus en Autriche dont «la culpabilité est prouvée ou qui ont avoué les faits». «Le coût de revient des 370 Roumains détenus en Autriche est de 13,5 millions d'euros par an», affirme Marie-Theres Ehrendorff, porte-parole du Ministère autrichien de la justice. La construction d'une prison neuve en Roumanie coûterait entre 3 et 5 millions d'euros, selon le ministère qui espère réaliser une économie d'environ 10 millions d'euros.

Les Roumains, mais pas les Allemands!

Ce calcul semble arranger aussi bien les autorités roumaines. «Le projet nous convient parce qu'il convient aux Autrichiens, a déclaré le président roumain Ion Iliescu après sa rencontre à Vienne avec le chancelier Wolfgang Schüssel. Un détenu coûte beaucoup plus cher aux prisons autrichiennes qu'aux prisons roumaines. Par ailleurs, nous avons besoin d'accroître la capacité d'incarcération en Roumanie.»

Pourtant, cette entente officielle roumano-autrichienne sur les criminels et délinquants roumains ne fait pas l'unanimité dans les deux pays. «Il y a plus de détenus allemands que de détenus roumains dans les prisons autrichiennes, précise Terezija Stoisits, porte-parole des Verts autrichiens. Pourquoi négocie-t-on un tel accord avec la Roumanie et pas avec l'Allemagne?»

En effet, sur les 3104 détenus étrangers recensés dans les prisons autrichiennes à la fin de l'année dernière, seulement 275 d'entre eux (près de 9%) étaient d'origine roumaine, mais, selon la police de Vienne, le nombre de délinquants roumains interpellés en Autriche a augmenté de 50%. Les responsables autrichiens y voient l'effet de la levée de l'obligation de visa pour les ressortissants roumains décidée par l'Union européenne en janvier 2002. Pour l'Autrichien moyen, les cambriolages, les vols de voitures et les pickpockets sont spontanément associés à l'image du Roumain.

L'année dernière, les techniques de vol que les Roumains pratiquaient à Vienne ont choqué l'opinion publique. Se faisant passer pour des policiers autrichiens en civil, ils ont réussi à arnaquer de nombreux touristes à Vienne. Ils leur demandaient de montrer leurs devises étrangères pour soi-disant vérifier qu'il ne s'agissait pas de faux billets, puis s'enfuyaient avec l'argent. Dans un éditorial amer, intitulé «Barreaux européens», le quotidien roumain L'Evénement du jour note au sujet de la prison financée par l'Autriche: «Ion Iliescu peut être fier d'avoir ajouté encore un investissement étranger à notre transition trouble. Pourtant, le problème est notre incapacité de s'adapter à la civilisation.»