Tout au long de la pandémie, les géants de la technologie ont été contraints de se positionner sur les contenus diffusés par leur biais et jugés problématiques. Ces plateformes de diffusion jouent un rôle central dans l’accès à l’information, mais celles-ci ont toujours refusé d’adopter la posture de censeur, affirmant défendre la liberté d’expression. Une position intenable face à l’ampleur de la désinformation médicale et une modération considérée comme laxiste. Désormais, elles instaurent de nouvelles règles, sous la pression de l’opinion et des autorités politiques.

Les politiques

En réaction aux critiques, les plateformes sévissent. YouTube a par exemple supprimé quinze vidéos diffusées par le président brésilien Jair Bolsonaro sur sa chaîne. Ces dernières contenaient des informations erronées sur l’épidémie de coronavirus. YouTube a donc justifié cette décision par voie de communiqué, ce mercredi 21 juillet, en déclarant que la fonction ou l’idéologie politique de Jair Bolsonaro n’a eu aucune influence. Les suppressions ont eu lieu «après un examen minutieux» des contenus publiés. Depuis le début de la pandémie, le président brésilien doute de la gravité du virus, des bienfaits du confinement, du port du masque, ou encore de la vaccination.

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Des positions qu’il défend avec vigueur sur internet. Sur sa chaîne YouTube, l’homme politique reçoit régulièrement – en direct ou non – ses ministres, répond aux questions des internautes et fustige ses opposants. Dans l’une des vidéos supprimées, l’ancien ministre brésilien de la Santé, Eduardo Pazuello, comparait le coronavirus au sida. Dans une autre, un médecin brésilien recommandait l’utilisation de remèdes à l'efficacité non prouvée. Des propos qui vont à l’encontre de la politique de la plateforme relative à la désinformation médicale sur le Covid-19.

«Nos règles n’autorisent pas les contenus qui affirment que l’hydroxychloroquine et/ou l’ivermectine sont efficaces pour traiter ou prévenir le Covid-19, qui déclarent qu’il existe un remède contre la maladie, ou assurent que les masques ne fonctionnent pas pour empêcher la propagation du virus», précise YouTube dans un communiqué.

Signaler les messages

Ce n’est pas la première fois que ce que le président brésilien voit l’une de ses publications retirées d’un site. En mars 2020, Twitter, Facebook et Instagram ont fait de même suite à la diffusion de trois vidéos. Opposé aux consignes sanitaires édictées par le ministère de la Santé, notamment la distanciation sociale, Jair Bolsonaro s’était mis en scène le lendemain de ces annonces dans les rues de Brasilia pour prendre un bain de foule et échanger avec les passants. Il estimait que le confinement était un «grave problème», que le coronavirus n'était qu’une «petite grippe» pouvant se soigner avec de la chloroquine.

Le réseau social Twitter avait supprimé ces contenus quelques heures après leur mise en ligne estimant qu’ils allaient «à l’encontre des consignes de santé publique émanant de sources officielles» et qu’ils étaient de nature à «augmenter le risque de transmission du Covid-19». Facebook et Instagram avaient agi le lendemain, les contenus allant à l'encontre de leurs «conditions d’utilisation, lesquelles n’autorisent pas la désinformation pouvant causer des torts physiques aux personnes», indiquaient les plateformes.

En mai 2020, Twitter a décidé de renforcer ses conditions d’utilisation en annonçant que «des étiquettes et des messages d’avertissement pour fournir des explications supplémentaires et des clarifications» s’afficheront «dans les situations où des tweets ont moins de risque de nuire mais peuvent tout de même semer la confusion ou tromper des personnes». Depuis, les sanctions vont de la mise en garde à la suspension définitive du compte, en passant par des avertissements, des retraits de publications ou le verrouillage provisoire du compte.

Le site s’est également doté d’une politique en matière d’informations trompeuses sur le COVID‑19. «Nous observons […] l’émergence de théories du complot persistantes, d’une rhétorique alarmiste qui n’est pas confortée par des études ou des rapports fiables, ainsi que d’un large éventail de rumeurs sans fondement, peut-on lire sur cette page. En l’absence de contexte, tout cela peut empêcher le grand public de prendre des décisions éclairées au sujet de sa santé et met en danger les individus, les familles et les communautés.» Tous les utilisateurs du réseau social peuvent signaler ce gendre de contenus.

Des efforts insuffisants

De leur côté, Facebook et Instagram ont mis en place une série de mesures dès février 2020. Ils ont développé une stratégie pour soutenir les campagnes de vaccination en offrant 100 millions de francs d’espace publicitaire aux autorités sanitaires et associations qui promeuvent la vaccination, et ont instauré la suppression des messages affirmant que le port du masque n’est pas efficace, que le coronavirus «est produit en usine ou fabriqué par l’homme» ou que «les vaccins sont toxiques, dangereux, ou provoquent l’autisme».

Entre mars et octobre 2020, Facebook déclare avoir affiché des avertissements sur plus de 160 millions de messages. Là encore, chaque utilisateur peut signaler un contenu problématique aux modérateurs. Si ces derniers le jugent nécessaire, le message sera alors complété d’un avertissement ou supprimé. Facebook va même plus loin, en envoyant une notification à toutes les personnes qui ont interagi – like, partage ou commentaire – avec ce contenu. Elles sont alors prévenues de la situation, incitées à mieux s’informer et invitées à parcourir les sites des autorités sanitaires.

Seulement, nombre de contenus passent entre les mailles du filet. La gestion des publications sur Facebook et Instagram est régulièrement décriée par les professionnels de la santé ou des médias, et même plus récemment par le président des Etats-Unis. Joe Biden a signalé que d’après un rapport de l’ONG Center for Countering Digital Hate, une douzaine d’utilisateurs sont devenus de «super-diffuseurs de propagande anti-vaccin» et qu’ils font en sorte de diffuser leurs publications sans être repérés.

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Surtout, le chef d’Etat a accusé Facebook, dans une déclaration, de «tuer des gens» en laissant se répandre de fausses informations. Par exemple, le hashtag #VaccinesKill – «les vaccins tuent» en français – qui avait été bloqué sur Instagram il y a deux ans, se propageait toujours sur Facebook. D’après CNN, qui a pu consulter les messages associés au mot-clé avant qu’il ne soit verrouillé, ceux-ci relayaient des billets de blogs de personnes complotistes ou racontaient que les vaccins «mangent le cerveau des gens», qu’ils «injectent un logiciel dans notre système», ou encore que «des forces obscures veulent réduire la population».