La Cour suprême russe a renvoyé ce matin devant un nouveau tribunal l’affaire dumeurtre d’Anne Politkovskaïa, donnant raison au Parquet qui demandait une telle annulation en invoquant des vices de procédures lors du premier procès.

La défense des accusés a déclaré qu’elle contesterait la décision de la juridiction suprême devant la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, parlant d’une décision«politique prise au plus haut niveau». «Nous allons la contester, mais c’est presque inutile à l’intérieur du pays», a dit à l’AFP un des avocats de la défense, Mourad Moussaïev.

Les enfants de la journaliste assassinée se sont eux aussi opposés à cette décision. La famille de Mme Politkovskaïa «était tout à fait d’accord avec le verdict d’acquittement», a rappelé leur avocate, Anna Stavitskaïa. «Avec les preuves qu’on leur avait présentées, les jurés ne pouvaient pas décider autrement», a-t-elle dit à l’AFP.

«Dans le nouveau procès le verdict sera le même, car les preuves seront les mêmes», a-t-elle ajouté, en demandant qu’une «nouvelle enquête soit faite».

Les jurés avaient aquitté le 19 février les complices présumés du meurtre de la célèbre journaliste russe, après trois mois d’un procès qui n’avait pas permis de faire la lumière sur les motifs du crime ni sur l’identité du commanditaire.

Les deux frères tchétchènes Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov étaient soupçonnés d’avoir surveillé les déplacements de Mme Politkovskaïa et d’avoir conduit sur les lieux du crime le tueur présumé, leur frère Roustam qui n’a jamais été arrêté.

Un ancien policier, Sergueï Khadjikourbanov, soupçonné d’avoir organisé la logistique de l’assassinat, avait alors aussi été acquitté.

Le verdict avait été critiqué par des organisations de défense des droits de l’Homme et des institutions européennes.

Anna Politkovskaïa, l’une des rares journalistes russes à avoir dénoncé les atteintes aux droits de l’Homme lors du conflit en Tchétchénie, a été tuée par balles en octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou.