Ilan Halimi, le jeune homme retrouvé mourant le 13 février près de Paris, a-t-il été séquestré et torturé durant trois semaines parce qu'il était juif? C'est la question brûlante à laquelle font face les autorités françaises depuis lundi. La réponse la plus plausible à ce stade semble être: oui, du moins en partie.

La semaine dernière, les enquêteurs affirmaient que le mobile antisémite du crime n'était pas avéré. Mais, lundi soir, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy n'excluait plus «aucune hypothèse». Et la juge d'instruction en charge du dossier a retenu comme circonstance aggravante le fait que l'enlèvement ait été commis «en raison de l'appartenance réelle ou supposée de la victime à une race ou une religion».

Selon des policiers cités par la presse française, les jeunes banlieusards qui ont séquestré Ilan Halimi pensaient que la communauté juive pourrait, par solidarité, rassembler une rançon importante. Ainsi, lorsque la famille de la victime leur dit qu'elle ne dispose pas des 450000 euros exigés initialement, les ravisseurs lui conseillent d'aller «demander dans les synagogues».

Richard Serero, le secrétaire général de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), estime que ce rapt s'inscrit dans une résurgence des préjugés antisémites en France: «A force de marteler l'idée que les juifs sont dominants, qu'ils contrôlent les médias et la finance, on aboutit à ce que des esprits un peu frustes se disent: les juifs ont de l'argent, ils paieront.» Selon lui, certaines chaînes satellitaires arabes, très regardées dans les banlieues françaises, ont contribué à instaurer ce climat.

Pour une partie de la communauté juive, l'affaire est entendue: Ilan a été «sauvagement assassiné par un gang d'immigrés musulmans», peut-on lire sur le site sioniste Arouts-7. Dans un entretien publié par le journal israélien Haaretz, une sœur de la victime a reproché aux autorités françaises d'avoir «persisté à estimer que les mobiles étaient purement criminels, car ils craignent de ranimer les confrontations avec les musulmans», allusion à la crise des banlieues de l'automne dernier.

Le gouvernement français a pourtant annoncé lundi une baisse de 47% du nombre d'actes antisémites en 2005. Mais les incidents à caractère communautaire n'ont pas disparu pour autant: le mois dernier à Créteil, près de Paris, trois jeunes juifs ont été agressés par des banlieusards d'origine arabe et africaine qui les ont frappés aux cris de «sales juifs». La Licra estime que des centaines d'agressions verbales ou physiques se produisent chaque année sans apparaître dans les statistiques.

«Cerveau» en fuite

Les ravisseurs d'Ilan Halimi n'étaient pas tous musulmans. Certains étaient des Français d'origine européenne, comme la jeune femme blonde utilisée par le gang pour appâter ses victimes. En outre, le degré de religiosité des membres du groupe reste sujet à caution. Cela n'empêche pas le père de l'un d'eux, un journaliste égyptien établi de longue date en France, de craindre désormais des «représailles de fanatiques». Quant au chef des ravisseurs, Youssouf Fofana, qui se faisait appeler le «cerveau des barbares», il se serait enfui en Côte d'Ivoire, où des policiers français se sont rendus mardi pour le localiser.