Dès l’annonce du meurtre, le président Jacob Zuma a appelé les Sud-Africains «au calme». Dans un communiqué, il a mis en garde contre toute provocation qui attiserait «la haine raciale». Le mouvement du dirigeant sud-africain d’extrême droite a dit dimanche qu’il vengerait son leader assassiné mais a demandé à ses membres de rester calmes et de ne pas réagir immédiatement.

Demande

«Contrairement à ce que veulent nos membres, nous leur demandons de rester calmes pour le moment», a dit André Visagie, le secrétaire général du Mouvement de la résistance afrikaner (AWB), l’organisation du dirigeant assassiné. M. Visagie a précisé que le mouvement se réunirait le 1er mai pour décider de son action future.

Eugène Terre’Blanche, 69 ans, a été trouvé tué dans son lit en fin d’après-midi, «avec des blessures au visage et à la tête», a indiqué une porte-parole de la police, Adele Myburgh, à l’agence de presse SAPA.

Employés noirs

Deux employés noirs de la ferme de Terre’Blanche, âgés de 15 et 21 ans, ont été arrêtés et inculpés de meurtre, a précisé la police. Ils se seraient disputés avec leur patron pour un salaire non versé. Le meurtre a eu lieu dans l’exploitation agricole de Ventersdorp que l’ancien militant ne quittait presque plus que.

Pendant plus de vingt ans, Eugène Terre’Blanche avait incarné la lutte pour la suprématie des Afrikaners, descendants des premiers colons néerlandais et huguenots, pour lesquels il réclamait le droit à l’autodétermination.

Néo-nazi

L’ancien policier avait fondé l’AWB en 1973. Critique du régime d’apartheid dont il estimait qu’il faisait trop de concessions aux Noirs, opposé à la démocratie parlementaire, le mouvement était connu pour ses défilés équestres en tenues paramilitaires et son insigne à trois branches rappelant la croix gammée nazie.

Arrêté à plusieurs reprises, Eugène Terre’Blanche a été notamment condamné pour détention d’armes. En 1983, des membres de l’AWB avaient été emprisonnés quinze ans pour conspiration contre le gouvernement.

Condamné

Son farouche leader, toujours à cheval lors de ses apparitions publiques, finira par être condamné en 2001 pour tentative de meurtre, après avoir battu à coups de barre de fer un vigile noir, lui causant des lésions cérébrales irréversibles. En 2005, il avait été remis en liberté conditionnelle pour bonne conduite. Eugene Terre’Blanche avait adopté depuis un profil bas, à l’image de son mouvement, alors que l’Afrique du Sud s’installait résolument dans la démocratie multiraciale.

Symbole

Mais le personnage reste suffisamment symbolique pour que son meurtre puisse être utilisé par des extrémistes. Le contexte social est de plus en plus tendu à mesure que se creusent les inégalités entre les revenus, aux dépens des Noirs.

Plus de 40 % des 48 millions de Sud-Africains vivent toujours avec moins de deux dollars par jour. Les townships ne sont plus des ghettos mais les services de base y restent déplorables. Et la terre est toujours pour l’essentiel aux mains de la minorité blanche.