Au terme d'un procès d'un mois, c'est la loi du talion, consacrée par la charia (loi coranique), qui s'est appliquée samedi aux 18 agents des services secrets iraniens ayant assassiné quatre opposants à l'automne 1998. Ceux qui ont tenu le couteau (trois sur les 18) ont été condamnés à la peine de mort. Cinq autres qui auraient commandité les meurtres ou directement participé aux actions de cet escadron de la mort ont écopé de la perpétuité. Trois accusés ont été acquittés alors que sept autres ont été condamnés à des peines allant de deux à dix ans de prison.

Le chef présumé du groupe, Saïd Emami, s'est pour sa part suicidé en prison (LT du 25 janvier). Ses confessions ont mystérieusement disparu du dossier alors que le tribunal n'a pas retenu les déclarations des accusés mettant en cause un ancien ministre des Renseignements. Toujours selon la charia, les condamnés à mort vont devoir payer aux familles des victimes le prix du sang (diyeh) avant d'être pendus. Cette somme, que le Coran détaille en nombre de chameaux, équivaut aujourd'hui à 30 000 francs suisses environ.

Ce verdict, dans l'affaire qui tient l'Iran en haleine depuis plus de deux ans, ne satisfait personne. A commencer par les familles des victimes qui avaient boycotté le procès parce que le dossier était incomplet. «Ce qui compte, c'est que la vérité soit établie. Elle ne l'est toujours pas», déclare Parastou Forouhar, la fille du couple nationaliste assassiné. «Comment se fait-il que de simples agents du gouvernement, qui croient avoir participé à une guerre sainte, écopent de peines plus dures que ceux qui ont donné des ordres?» se demande le parti réformateur du Front de la participation, vainqueur des dernières élections parlementaires. Pourtant, les réformateurs se réjouissent secrètement que les principaux accusés aient la vie sauve. Cela préserve quelques témoins au cas où un autre procès devait s'ouvrir un jour. Les proches du président Khatami estiment que ce sont plus de 80 opposants (et non pas 4) qui ont été assassinés et accusent une poignée d'ayatollahs conservateurs d'avoir signé des fatwas secrètes autorisant les exécutions.