Un homme présenté par les télévisions américaines, dont CNN, comme un octogénaire de 88 ans prônant la supériorité de la race blanche a ouvert le feu mercredi au musée de l’Holocauste de Washington, semant la panique dans le coeur touristique de la capitale. Un agent de sécurité a été tué.

Le tireur a été hospitalisé après avoir été atteint par balle pendant la fusillade et se trouve «toujours dans un état critique», a indiqué un porte-parole de la police.

Selon les premiers éléments recueillis sur place auprès de témoins et des autorités, l’homme est entré dans le musée de l’Holocauste armé d’un fusil et a tiré, blessant l’agent de sécurité et provoquant la riposte des autres gardiens tandis que les visiteurs paniqués se mettaient à couvert.

Selon les analystes, la fusillade illustre l’impuissance ressentie par les groupes racistes aux Etats-Unis depuis l’élection de Barack Obama, qui s’est traduite par une hausse des crimes visant des minorités.

Le tireur, qui, selon les médias, est un homme de 88 ans, James von Brunn, connu pour ses liens avec des milieux prônant la supériorité de la race blanche et l’antisémitisme, a mortellement blessé un agent de sécurité noir en pénétrant dans le musée.

Les analystes soulignent que cette agression a eu lieu cinq jours après la visite de Barack Obama au camp de concentration de Buchenwald, en Allemagne, où il a condamné la rhétorique «ignorante et haineuse» de ceux qui nient l’Holocauste.

«Il est difficile de ne pas remarquer à quel moment survient cet incident», a expliqué à l’AFP Brian Levin, professeur au Centre d’études sur la haine et l’extrémisme (Center for the Study of Hate and Extremism) de l’université de Californie (ouest) à San Bernardino.

L’agresseur «a peut-être le sentiment d’une dérive de son pays. Alors, en voyant un président noir à Buchenwald qui rappelle la mémoire de l’Holocauste, il décide d’attaquer le principal symbole de l’Holocauste aux Etats-Unis», a relevé ce chercheur.

Pour Mark Potok, directeur du Southern Poverty Law Center, une organisation de défense des droits civiques, il y a «clairement» eu une hausse de la violence contre des minorités depuis l’élection de Barack Obama.

«Je pense que c’est un fait établi. Nous savons que, juste après l’élection de Barack Obama, les serveurs informatiques de plusieurs grands sites prônant la supériorité de la race blanche ont sauté parce qu’ils avaient enregistré un afflux de visites considérable», a-t-il dit sur CNN.

«L’élection de M. Obama a enflammé au moins une partie de la droite radicale. L’économie n’a pas aidé. Et bien sûr, le niveau élevé et continu de l’immigration non-blanche est en toile de fond ces six ou sept dernières années», a poursuivi M. Potok.

Selon lui, le tireur présumé qui «sentait qu’il approchait de la fin de sa vie» a peut-être perçu l’arrivée de «Barack Obama, un Noir, dans le Bureau ovale comme un signe que l’Amérique entrait en enfer et a voulu frapper un grand coup pour la liberté avant de mourir lui-même».

«C’est un homme qui a clairement été dans la mouvance pendant des décennies et a fulminé et fulminé sur les maux (supposés, ndlr) causés par les personnes de couleur, les juifs et les autres», a conclu M. Potok.

Leonard Zeskind, auteur du livre «Blood and Politics: The History of the White Nationalist Movement from the Margins to the Mainstream» (»Sang et politique: histoire du mouvement nationaliste blanc des marges au courant dominant», non traduit en français), rappelle que le tireur présumé faisait partie de la mouvance raciste extrémiste bien avant l’élection d’Obama.

«A ce stade, je ne pense pas qu’on puisse dire que cette fusillade est motivée par le fait qu’Obama est président», a-t-il déclaré sur CNN, estimant cependant que l’élection d’Obama avait renforcé les angoisses des défenseurs de la supériorité blanche.

«Ce que croient les nationalistes blancs, c’est que Barack Obama confirme leurs pires craintes sur les Etats-Unis, que le gouvernement est aux mains de gens qu’ils considèrent comme étrangers à leur race», a-t-il dit.

Les sites internet américains d’extrême droite se sont immédiatement enthousiasmés de l’action attribuée à Von Brunn, qu’un commentateur a qualifié de «vrai héros américain».